Fichtre ! Voilà bien longtemps que je n'étais pas entré de manière aussi immédiate et spontanée, dans un tel état de détestation à l'égard d"un film.
Cette note sera donc comme une tentative de comprendre pourquoi SUR LA ROUTE D'OMAHA, premier film de Cole Webley, m'a mis hors de moi.
Niveau ingrédients, tout ce que j'aime pourtant: l'Amérique de la marge, des laissés pour compte, des galériens du quotidien dans un pays qui compte plus de losers que de gagnants. Ella, Charlie et leur adorable toutou Rex sont embarqués par leur père à bord de leur antique Volvo, direction Omaha. Un certain mystère flotte autour de ce départ, même si on comprend tout de même deux ou trois trucs: une policière vient placarder un avis d'expulsion sur leur porche, et on comprend aussi que la maman est morte il n'y a pas bien longtemps.
Au long de ce road-movie Nevada-Nebraska rythmé par quelques contingences matérielles de plus en plus lourdes (papa compte les billets qui lui restent en fronçant les sourcils au fil des kilomètres, on pousse la voiture chaque matin pour qu'elle démarre) se dessinent les traits habituels de la famille abimée mais résiliente qui déborde d'amour.
Et tout et tout.
Et qu'il est sympa, ce chien.
Dans le rôle du père, l'excellent John Magaro n'a pas à forcer sur ses faux airs de Droopy pour distiller une inquiétude qu'il est le seul, en secret, à porter jusqu'au terme du voyage. Et le film, qui nous tient en haleine, ou en respect car c'est plutôt ce que j'ai ressenti, en ne lâchant rien de son sale petit secret, s'avère être au fil des minutes une de ces insupportables petites machineries tire-larme qui ne pourra trouver son apogée qu'au terme d'un véritable chantage émotionnel.
Le carton final, qui nous explique le pourquoi du comment (en gros, une législation de l'Etat du Nebraska fort mal taillée qui provoqua quelques catastrophes familiales avant qu'elle ne soit révisée) a beau nous renseigner une fois encore sur la situation d'extrème panade dans laquelle survivent de nombreux Américains, il nous dit surtout sur ce que vient de commettre le cinéaste: nous faire pleurer en scénarisant de manière obscène le malheur des autres.
Ah, mais que je déteste ça.
Un film récent au canevas assez similaire, assez moyen au demeurant, REBUILDING de Max Walker-Silverman avec Josh O'Connor, autre figure de père largué après la perte de son ranch dans un incendie, ne nous contait pas fleurette non plus. Mais l'histoire qui nous y était racontée avait ceci d'honnête qu'elle avançait de front avec des personnages qui n'avaient rien à cacher.
Le parti-pris de Cole Webley semble être de nous mettre à la place de ces innocents qui ne savent pas ce qui va leur tomber dessus. Nous faire comprendre dès le départ les intentions du père aurait rendu le film plus riche et certainement beaucoup plus tendu. Plus compliqué à faire aussi, sans doute.
Mais le malaise vient peut-être d'ailleurs... Au point où les personnages en arrivent (à des extrémités qui feraient presque douter de leur jugeote autant que de leur humanité, - salauds de pauvres ! comme dirait l'autre -), le film nous donne un éclairage radical sur l'état des mentalités américaines aujourd'hui.
Il est quand même sauvé, in extremis, par cette simple requête d'un John Magaro au bout de sa déconfiture alors que tout le mal est déjà fait: "Je crois que j'ai besoin qu'on m'aide".
Tu l'as dit bouffi mais alors, au pays du Do It Yourself et du Self-made man, qui pour t'entendre, petit homme ?
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire