Du roman autobiographique de l'Américaine Lena Yuknavitch, la comédienne Kristen Stewart a tiré ce CHRONOLOGY OF WATER, son premier film donc. Un matériau brut des plus abrupts puisque l'écrivaine, alors réputée pour sa poésie, y relatait sur un mode diffracté assez sauvage son parcours de femme et d'écrivaine, de son passé de petite fille abusée par son père jusqu'à sa découverte du monde de l'écriture, en passant par son expérience de championne universitaire de natation.
On sait l'actrice américaine très concernée par la parole féministe depuis qu'elle a pu jeter ses apparats de jeune vierge frémissante TWILIGHT aux orties, et sa première tentative se solde ici par une réussite certes mineure, mais des plus honnêtes, qui a tout de même du mal à masquer sa peur de mal faire par une frénésie d'images qui frôlent parfois la crise épileptique.
Rien de grave puisqu'on suit le parcours de cette jeune femme avec une belle empathie, bien aidé en cela par la composition assez extraordinaire d'Imogen Poots, de tous les plans et aussi percutante en femme voûtée prête à sombrer qu'en bombe sexuelle sans frein, ou en banshee sauvageonne très mal embouchée. Dans le rôle du père, un certain Michael Epp incarne très bien le salopard tout lisse, tout bien rasé, avec sa dégaine de commis voyageur idéal.
Pour mon plus grand bonheur, on y croise aussi le légendaire Ken Kesey, un de mes super-héros de plume, qui fut prof d'écriture et de fumage de spifs dans cette très 'libérale" université américaine où le grand homme aida la jeune femme à libérer son écriture et à lâcher les chiens. Jim Belushi incarne ce veux bouledogue tout amoché et au coeur immense avec un certain panache.
On passe de ce film un peu punk au dernier opus de celui qui ne le sera sans doute jamais (punk). MIROIRS N°3 de Christian Petzold marque une énième collaboration avec sa muse fêtiche, après Nina Hoss, la merveilleuse Paula Beer.
Comme Nina Hoss, vous pouvez me filmer Paula Beer trois heures durant en train d'éplucher des patates que je ne bougerai pas de mon siège. Petzold est un autre problème: toujours appliqué à bien faire, travaillant sur des scénarios toujours magnifiquement ciselés (et filmés), à ceci près que rien ne déroute longtemps, rien ne déraille dans son cinéma monté sur roulements à billes.
Le sujet était pourtant superbe: une jeune femme mal dans sa peau est victime d'un accident de voiture dans lequel son fiancé perd la vie. Elle décide de rester chez la femme qui l'a secourue, qui habite seule dans une petite maison de campagne jusqu'à comprendre qu'elle y remplace la fille de celle-ci à qui elle ressemble beaucoup, et qui s'est suicidée.
D' un sujet pareil, on en aurait presque les poils d'avance à l'idée qu'un autre cinéaste s'en empare. Sans aller jusqu'à s'imaginer ce qu'un Cronenberg aurait pu en faire, MIROIRS N°3 réussit son coup jusqu'à ce que la raison revienne au réalisateur allemand qui finit par régler son compte au film en finissant sans passion, et de manière vraiment très lapidaire.
Un cinéaste décidément passionnant à qui il manque vraiment un truc...
Enfin vu ce film mythique de Cornel Wilde, LA PROIE NUE (1965) qu'on pourrait dater au carbone 14 comme étant l'ancêtre du APOCALYPTO de Mel Gibson. Du vrai cinéma d'aventure, haletant et au motif totalement gratuit, qui nous offre une chasse à l'homme en pleine savane africaine avec des guerriers armés de flèches et de sagaies lancés au trousse d'un guide de chasse blanc comme un cul et pour cause: il est lâché dans la nature dans le plus simple appareil.
C'est aussi un peu l'ancêtre du premier RAMBO: ces chasseurs ne savent pas à qui ils ont à faire. Dans le rôle, Cornel Wilde en personne offre son corps d'athlète au soleil brûlant, aux morsures de cobras et aux combats au couteau. D'ailleurs, il en était vraiment un, d'athlète, lui qui fit partie de l'équipe olympique hongroise d'escrime en 1936. Eh oui madame.
Bien sûr, le film est légèrement emboucané par un fumet colonialiste un peu... suranné dirons-nous, digne par moments des plus mauvais Tarzan avec Weissmüller (les p'tits blancs y sont torturés avec des trésors d'inventivité). Mais enfin, c'est vrai que ces connards de blanchettes n'avaient pas à traverser le territoire du grand Chef pour leur safari en crachant par terre et en ne respectant pas les coutumes locales. Cornel les avait prévenu. D'où punition.
Il faut noter que dans un esprit d'équité fort tribal, seul le guide blanc (Cornel Wilde donc...), qui connait la langue locale et quelques rudiments de survie en milieu hostile, a le droit de tenter sa chance en fuyant droit devant. Reconnaissant sa défaite finale, le grand guerrier ne salue-t-il pas sa proie parvenue à lui échapper, d'un signe de la main digne d'un maitre du fair-play ?
Que c'est beau, le sport entre gentlemen.
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