Soyons clair: J'ai un béguin du tonnerre pour Hafsia Herzi depuis ses premières apparitions chez Kechiche. Elle possède le plus beau visage du cinéma français, c'est sans discussion.
Voilà pourquoi j'aurai toujours du mal à dire du mal de son travail de réalisatrice surtout qu'il est, fait plutôt rare pour être signalé, entièrement attaché à des préoccupations profondes, et qu'elle a toujours traité jusqu'à présent de faits qui la concernent. LA PETITE DERNIERE a eu droit à une chambre d'écho formidable avec sa présentation à Cannes l'an dernier, avec une Nadia Melliti récompensée pour son rôle de jeune fille musulmane préoccupée par son attirance de plus en plus avérée pour les femmes.
De ce sujet ultra sociétal, la cinéaste tire une chronique ni trop brusque ni trop tendre, juste ce qu'il faut pour que le film, maladie très communicative dans le cinéma français en ce moment, s'achève sur une fin qui ne veut pas finir. Entre deux assoupissements, quelques scènes de bar de nuit rigolotes, un face à face consternant avec un imam qui souligne que dans le Coran, l'homosexualité entre hommes et plus grave qu'entre femmes (???) et ce qu'il y a de meilleur dans le cinéma d'Hafsia Herzi pour le moment, les scènes de famille où mères et soeurs se chamaillent en faisant la cuisine ou en prenant leur goûter.
Dans BONNE MERE justement, son film précédent, Herzi restait plus longtemps au coeur de la famille, ce qui donnait des séquences magnifique de tac-au-tac entre frères et soeurs, petits fils et cette mère courage incarnée par la superbe Halima Benhamed, qui compose comme elle peut entre ses filles larguées, un de ses fils qui est en prison et un autre qui mériteraient de bonnes beignes. C'est tellement bien qu'on se croirait dans les meilleurs films de Philippe Faucon, auquel FATIMA fait beaucoup penser: la violence à stigmatiser les jeunes femmes maghrébines qui sortent des traditions, la tendance débile des mères à tout pardonner à leurs fils et un monde à l'extérieur de leur cité, qui se moque d'eux comme d'une vieille chaussette.
Les femmes n'y sont pas épargnées non plus (les cousines stupides qui ont idée de faire du business comme dominatrices, leurs "amies" maquerelles mauvaises comme des teignes). Avantage BONNE MERE tout de même, alors que je continue à préférer de ses trois réalisations son premier, TU MERITES UN AMOUR, film tendre et sincère sur une jeune fille qui veut vivre sa vraie et grande histoire d'amour.
Hafsia Herzi y tenait le premier rôle, et qu'elle est belle ...
Et Arnaud Desplechin alors, comment il va ?
Si je me souviens bien, son dernier grand film date de 2015: TROIS SOUVENIRS DE MA JEUNESSE. Le reste m'es passablement sorti par les trous de nez, à l'exception de TROMPERIE peut-être, et encore.
Toujours meilleur que la moyenne quand même mais s'il y a quelque chose qui achoppe vraiment dans ses films sur ma sensibilité à fleur de peau, parfois, ce sont ces personnages. Torturés à mort et le faisant savoir, tirant des gueules quand on l'attend le moins, s'énervant pour des trucs invisibles, se fâchant quand tout va bien... cela donne à l'arrivée des films qui m'exténuent.
Avec DEUX PIANOS, c'est moins pire. Cela oscille entre le farfelu et le n'importe quoi: quand le personnage de Claude raconte une blague juive aux obsèques de son mari, quand la grande pianiste jouée par Charlotte Rampling se braque lors d'une répétition crispée, quand Mathias se bourre la gueule après être tombé dans les pommes en croisant Claude par hasard, 11 ans après.
Et une histoire de double, de sosie, d'ancienne infidélité, de je veux, je veux pas, c'est toi, c'est pas toi. Ce n'est pas la première fois dans un film de Desplechin, mais c'est Hippolyte Girardot une fois encore qui sert d'assouplisseur à cette trame pas toujours fine ni légère, avec ses manières très relax de ramener ces affligés du coeur sur terre en se foutant de leur gueule et en leur bottant le cul.
Civil est très crédible en pianiste virtuose torturé, le personnage joué par Nadia Terezkiewicz, la pauvre, est écrit avec des gants de boxe et pour le reste, comme d'habitude depuis plus de 10 ans avec le cinéma de cet homme que j'aime toujours, quand même, en souvenir de certains grands films, je me fiche complètement de ce qui arrive à ces riches malheureux.
(Et allez zou, filons à Rome en décapotable pour soigner notre chagrin !) Voilà, c'était la fin.