Drôle de pédigrée pour ce très beau film, tourné il y a deux ans et qui ne nous arrive que maintenant... COSMOS est le film d'un réalisateur franco-suisse plus connu pour son travail de photographe (en noir et blanc) dont l'action se situe dans la région du Yucatan au Mexique, avec pour actrice principale l'espagnole Angela Molina.
Malgré son titre intimidant, le film de Germinal Roaux n'est en rien le genre de rêverie éthérée qui personnellement me rebute, encore moins une adaptation du roman flambé de Gombrowicz, mais le nom d'une fleur du Japon. Au contraire, malgré son style très léché et sa durée (2h20), COSMOS désarme par la simplicité de son propos, qui pourrait tenir en une page.
Dans ce coin très rural du pays, une vieille femme vient de s'installer dans une villa somptueuse. Malade et veuve depuis des années, elle a quitté Mexico et son travail dans l'édition pour finir ses jours là en compagnie d'une servante et de son chien, Bruno. Pas loin de là vit Leon (étonnant Andres Catzin), un paysan analphabète dont la maison en terre va bientôt être détruite pour laisser place à une route. Un jour, Lena perd son chien lors d'une ballade, Leon le lui ramène, elle l'héberge lorsqu'elle apprend qu'il n'a plus de toit, et il va prendre soin d'elle.
Germinal Roaux co-signe la photographie magnifique de son film, des images qui attrapent aussi bien la fraicheur des intérieurs que la violence d'une nuit de tempête. Il n'est pas si courant de voir un film prendre son temps avec tant de douceur, filmant avec soin le voyage de Leon parti voir son frère afin de se réconcilier avec lui (on pense alors, de manière curieuse, au périple tractorisé de Richard Fansworth dans UNE HISTOIRE VRAIE, cet autre film qui ne se presse pas non plus) comme lorsqu'il donne à manger à ses poules, qu'elle range sa bibliothèque ou choisit un disque à poser sur sa platine.
Une ou deux fois seulement, COSMOS semble effleurer une certaine tension sociale entre cette bourgeoise et cet homme qui ne possède plus rien: c'est lorsque Lena, dans une réaction un peu hors sol lui demande pourquoi il n'a pas contacté une avocat pour défendre ses droits, on encore lorsqu'elle explique à un ami de passage que Leon est là "pour s'occuper de son jardin" comme pour justifier la présence de ce péon en guenille attablé dans sa salle à manger.
Au final, cet échange de bons procédés entre la riche et le pauvre, qui se fait sans calcul ni marchandage d'aucune sorte, aboutit à une des plus belles histoires d'amitié profonde (d'amour ?), d'une chaleur et d'une douceur impropre à sa confronter au cynisme et au mercantilisme de notre époque. Ce film dédié tout entier aux bénéfices de la douceur, du partage et de la gentillesse, fait en réalité un bien fou.
A noter que par deux fois retentit la chanson de Violeta Parra, VOLVER A LOS 17 et lorsque ces deux-là dansent dessus, elle avec une légèreté retrouvée de jeune fille, lui avec une grâce insoupçonnée avec ses énormes paluches de paysan, je défie quiconque de ne pas en avoir des frissons.
Quel beau film !