J'aime les femmes et les hommes fidèles. A leurs amours, à leurs convictions, à leurs amis, à leurs principes. J'aime les cinéastes fidèles à leurs "bandes". Encore plus ceux qui font leurs films "en famille": John Cassavetes...
. Avec Robert Guédiguian, on tombe quand même sur l'exemple parfait. Ariane Ascaride, Marseille, Gérard Meylan, la solidarité ouvrière, Jean-Pierre Darroussin, le rejet de tous les fascismes, Jacques Boudet disparu il y a quelques années et qui figure quand même dans UNE FEMME D'AUJOURD'HUI, en photo dans un cadre. On n'oubliera pas les morts non plus.
Quand on va voir un film de Guédiguian, on sait ce qu'on va y trouver et le vieux cinéphile grincheux, un peu pimbêche, exigeant, muni de ses revues spécialisées sous le bras, et de son coupe-choux à lame fine pour couper chaque cheveu en quatre est prié d'abandonner son matériel à l'entrée.
Les exégètes comme les haters du cinéaste ont fini d'analyser depuis longtemps, - depuis ses débuts en réalité - le "système" Guédiguian et ce qui le sauve, contrairement à d'autres cinéastes politiques qui n'hésitent pas à prendre à bras le corps les sujets "chauds" de l'instant, c'est qu'il ne s'est jamais départi de sa facétieuse manie d'enrober ses histoires dans la forme du conte. Moral certes, mais du conte quand même.
Aussi on ne croira pas vraiment en parcours tout en lâcher-prise de Juliette (Marilou Aussilloux, excellente), fille d'ouvriers pour qui ses parents se sont saignés aux quatre veines pour en faire une wonder-business-woman d'aujourd'hui, qui bosse pour une boîte de "fusion-acquisition", là haut dans le CAC40, très confortablement friquée et dont la vie déraille à la suite d'une agression.
On ne croit pas vraiment à cette jeune femme qui au sortir de l'injustice qui lui est faite (son violeur en posture de victime, sa boîte qui lui offre un pont d'or et la porte de sortie) se retrouve impliquée corps et âme au coeur d'une association qui aide les mères célibataires en perdition à s'en sortir. Même travers également du dernier film des Dardenne, JEUNES MERES, qui s'échinait à nous titiller les lacrymales en faisant de chaque cas un mélodrame particulier.
Le cinéma de Robert Guédiguian n'est vraiment pas un cinéma social. C'est un cinéma "réaliste-merveilleux" qui cautérise les plaies à force de rêver à un monde meilleur, dans lequel les salauds seraient punis, les victimes consolées, les amours et les corps libérés, les journalistes de CNews interrompus en direct par celles et ceux qui savent vraiment, les grands bourgeois tout à coup frappés de bonté et qui ouvriraient leur villa avec piscine aux déshérités.
Comme le chantait Souchon dans une touchante ritournelle dédiée à Arlette Laguiller: "Comme c'est gentil, que c'est beau..."
Guédiguian a beau charger sa barque sans retenue (un secret de famille douloureux, une histoire d'amour entre Juliette et le gentil animateur de l'asso, une jeune mère qui se prostitue, une agression dégueulasse, une justice aveugle, un incendie raciste...), UNE FEMME AUJOURD'HUI est un film qui fait du bien.
Le cinéma ne changera pas le monde, mais au moins il l'adoucira. Celui de Guédiguian en premier.
Reste le personnage de Darroussin, vieux type qui vit encore avec sa mère, fasciné par sa petite voisine qu'il rêve à voix haute d'aider le mieux qu'il peut, parce qu'il ne supporte pas l'idée, dit-il, de laisser les gens à leurs problèmes alors qu'il est juste à côté. La drôle de trajectoire qu'offre le cinéaste à cet antagoniste bizarre montrera finalement que, lorsqu'il le veut bien, Guédiguian n'est pas dépourvu de méchante ironie ni d'ambiguïté.











