C'est une histoire vraie, une véritable histoire de dingues, avec de vrais salauds et une véritable victime comme seul la fiction peut nous en inventer. En 1980, un célèbre présentateur télé d'une émission de divertissement à succès intitulé Portobello, un certain Enzo Tortora, se retrouva sur une liste de plus de 80 mafieux dénoncés par un "repenti" de la Camorra, Giovanni Pandico.
Enzo Tortora était un genre de Guy Lux transalpin, un peu vieux beau, un peu intello, très impliqué dans la vie politique italienne et qui sera même un temps député européen. Giovanni Pandico ne faisait pas à proprement parler de l'organigramme de la Mafia, mais était devenu très proche du "parrain" Cutolo en prison, pour qui il tenait la correspondance (Cutolo était analphabète malgré son surnom de "Professeur", tout un monde...). Il était condamné à perpétuité pour un massacre commis dans un bureau de Poste. Il était formidablement cultivé, écrivait des poèmes, il était aussi schizophrène, paranoïaque et mythomane.
Portobello était lui un très beau perroquet, mascotte de l'émission que les candidats devaient "faire chanter" pour remporter le jackpot. Un jeu complètement idiot mais que les membres de la Camorra connaissaient par coeur. Faire chanter, répéter les mensonges comme des perroquets en regardant les juges droit dans les yeux, c'était leur art de vivre.
Que le très politique Marco Bellocchio se soit attaché à relater cette histoire n'a rien de surprenant, car on retrouve dans PORTOBELLO toutes ses préoccupations, de la politique italienne des années Aldo Moro, qu'il a tant filmé, aux gouffres de la psyché italienne qu'il passe au radar de son autre "dada", la psychanalyse. Un peu filou sur les bords, il fait même jouer la compagne de Tortora (Fabrizio Gifuni, son acteur fétiche) par Romana Maggiora Vergano qui pourrait être sa fille, et qui l'était justement dans le beau film de Francesca Comencini, PRIMA LA VITA.
PORTOBELLO relate donc dans le détail le calvaire vécu par cet homme face à un prétendu "faisceau de preuves" qui n'en seront jamais, uniquement apportées par des types dont les métiers étaient le meurtre, la corruption et le mensonge. Impitoyable dans sa démonstration, les journalistes ne sont que des hyènes, les mafieux de vrais chacals puant et les juges, - mon Dieu, les juges... - des incapables de première main, fermés à toute tentative de se remettre en cause.
Le film (oui d'accord c'est une mini-série, mais pour moi c'est un film de 5 heures environ) vous laisse ressentir sur la durée le calvaire vécu par Tortora. C'est un véritable film de procès, avec des détails sur la procédure transalpine assez effarants, parfois (mais à quoi servent donc ces deux brillants avocats, toujours tenus à l'écart ?) et, voilà qui nous rassure donc, la justice française n'est pas la seule à être administrée par les Pieds Nickelés.
PORTOBELLO est savoureux pour ces pas-de-côté, lors de séquences de rêves ou des incursions dans le quotidien des "repentis" qui trouvent des astuces pour se sortir de l'ennui. A ce titre, le personnage effarant, et effrayant du pas possible Pandico, ce malade mental onctueux et mortifère, campé par un Lino Musella au faciès étonnant, est vraiment un personnage inoubliable.
Un des grands films de ce mois d'octobre passe donc à la télé, il est sur Arte en ce moment, ne le ratez pas.



