Corentin, alias Sprite, est un petit gars sympa qui traîne sa petite misère intérieure dans son Chelles natal, quelque part en Seine-et-Marne, de nos jours. Il est revenu vivre chez ses parents et a besoin de thunes pour passer son permis fissa. Parce que pas de bagnole, pas de boulot, pas de thunes.
Sprite a 25 ans et comme beaucoup de gamins de sa génération, on croirait parfois qu'il en a 10 de moins. La dégaine un peu ingrate, le rire idiot et la répartie proche du bredouillis, il se fringue comme un sac, - bonjour les pantalons de jogging informes et les maillots de foot -, bref je t'enverrais ça dans l'Armée et il en ressortirait peut-être un homme mais grand Dieu que les parents sont devenus laxistes de nos jours ! Vivement le retour du Général.
Dans le rôle de la daronne et du daron justement, Géraldine Pailhas et Michael Hazanavicius sont très bien. Un brin immatures eux-mêmes, sa mère le punit en lui confisquant le bouchon de la bonde de la baignoire, et son père lui file son baise-en-ville fétiche en cuir en lui glissant des capotes dedans.
Martin Jauvat a réalisé ce film et interprète lui-même ce tombé dans la lune et apparemment cet ahuri a tapé dans l'oeil de certains critiques depuis son film précédent, Grand-Paris. C'est même quelques critiques assez intellos dirons-nous qui ne tarissent pas d'éloges à l'égard de ce zigoto que certains comparent à Emmanuel Mouret.
De Mouret à Tati on a vite fait de filer vers Buster Keaton pendant qu'on y est, alors du calme. Même si on se marre pas mal dans son Baise-en-ville, le film attaque la rétine par un abus de design plastique-rose quelque part entre les excès volontaires d'un Dupieux et Barbie-world. Les 10 premières minutes sont un peu raides sur ce plan-là et heureusement que les seconds rôles sont plutôt bien écrits, sans crainte d'en faire trop.
Car plus c'est gros plus ça passe: Emmanuelle Bercot en patronne d'auto-école (devanture rose) hirsute et très vulgaire finit par faire sourire, William Lebghil en beau-frère assureur-glandeur (cravate rose) ou encore le très énergique Sébastien Chassagne en patron de start-up spécialisée dans le nettoyage express des soirées qui finissent à pas d'heure (tee-shirt rose), tout ce petit aéropage d'allumés-largués finisssent par faire un monde.
On a tout de même droit à quelques dialogues qui intriguent... (ex: "oulalah, il baise comme une trottinette électrique ton copain...", hein ?...)
Il y a même une dame dans les rangs du fond qui s'est piqué un fou-rire non-stop qui faisait plaisir à entendre alors... pourquoi pas ?
Quelque chose fonctionne dans cette petite mécanique du loufoque, de l'incongru, de la galère et de la dépression de la vingtaine, une chronique de cette moderne ultra-solitude qui ne sait pas par quel bout du col s'attraper pour s'en sortir. S'il y a un film auquel il fait un peu songer, c'est au Punch drunk love de Anderson (mais en mineur, et là encore: on se calme).
Car c'est tout de même assez déprimant tout ça: l'amour ? quand ça fout le camp, il vous laisse sur le carreau . Le cul ? Plus facile à dire qu'à faire. L'argent ? De la main à la main, sans contrat ni rien, et le boss habite dans sa camionnette.
Avant de parler de phénomène comme annoncé, calmons-nous et attendons le prochain film de Martin Jauvat. Son univers attrape bel et bien quelque chose de l'air du temps, mais il ne fait pas le même effet que l'intrusion de Mouret avec son grand corps encombré et sa diction si particulière, il y a longtemps maintenant.
Pour l'instant, voilà juste un petit malin fort sympathique.