Ce qu'il y a de meilleur dans L'ETRANGE COULEUR DES LARMES DE TON CORPS, second long métrage du tandem Cattet-Forzani, c'est son titre. Et son affiche. Car pour le reste, - au secours -, et même si j'adore le style bariolé, kaléidoscopique, hyper référencé, kitchounet à mort de ces deux amoureux fou du giallo et de ses dissidences, le film fait mal à la tête.
Disparus la surprise de la découverte (AMER, leur premier), la joie du polar bouillant et sans frein (LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES d'après le premier roman de Manchette co-écrit avec Jean-Pierre Bastid) ou la maitrise formelle insensée de leur tout dernier, que j'ai adoré (REFLET DANS UN DIAMANT MORT), on a le droit ici à quelques séquences sidérantes, certes, mais noyées dans un immense plasma organique. Peu importe qu'il y ai un scénario mais quand même, un brin de cohérence aurait aidé, rien qu'un peu, à ce qu'on s'intéresse à ce qui se passe.
Comme pour leurs trois autres films, les responsables de la déco, du maquillage, de la photographie, du montage et du cadrage méritent tous le César dans leur catégorie. Mais pousser le formalisme à ce point, au détriment du reste, comprend quelques écueils dans lesquels nos deux cinéastes surdoués ont sombré. Mais dans leur catégorie, ce sont les meilleurs.
MA VIE MA GUEULE, dernier film de Sophie Fillières sorti après sa mort survenue en 2023, est bel et bien une sorte de testament auto-fictif. Je parlerais presque d'auto-immolation tant le film, complètement débraillé, raconte sans ambages l'état de confusion qui semblait régner dans la caboche et la vie de la cinéaste, entre séjours à l'hôpital et problèmes relationnels de plus en plus marqués.
La disparition de la réalisatrice a pas mal compté dans le milieu du cinéma français, elle qui a beaucoup posé sa patte sur des projets autres que les siens, et le film touche par sa forme de croquis jeté à même la pellicule, sans aucun souci de maitrise. La preuve, le film rencontre par deux fois son yin et son yang avec les apparitions de Philippe Katherine, prince des huluberlus et du n'importe quoi dans des scènes qui, justement, flirtent avec le n'importe quoi..
Agnès Jaoui s'est jeté ici sur le rôle sans souci d' y aller mollo. Baptisée Barbie Bichette pour l'occasion, elle s'agite beaucoup, bredouille, se fâche, engueule, bref: on ne sait même pas s'il faut en rire ou en pleurer. J'ai trouvé ça un peu pénible, pour ma part.
LE RENDEZ-VOUS DE L'ETE de Valentine Cadic propose un autre genre de portrait de femme, moins barrée mais pas anodin non plus. Descendue dans la capitale pour assister aux épreuves de natation féminines des J.O. et acclamer son idole (si, si...), Blandine va de revers en déconvenue dans ce Paris surpeuplé dans lequel elle est de plus en plus seule.
Le film tient complètement sur la personnalité incroyable de sa comédienne, Blandine Madec, avec son grand corps tout encombré dans lequel sommeille la fille la plus douce du monde. Ne sachant pas trop comment, elle non plus, entrer en relation avec ses semblables, son naturel peu tapageur servira surtout de révélateur aux petites lâchetés et bêtise de ses contemporains. Avec en première ligne, dans le rôle de la cousine parigotte pas toujours sympa, la toujours parfaite India Hair et ses faux airs de petit chat innocent.
Valentine Cadic ne sait pas trop comment finir son truc mais, pas grave, j'aurais fait connaissance avec une actrice vraiment surprenante. Cela fait tellement du bien d'avoir à faire avec des comédien(ne)s qui sortent des formats standard.
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