Bon, et alors CAPE FEAR III, version Nick Ancosta, ça vaut quoi ? Et d'abord, pourquoi votre serviteur s'est-il laissé tenter alors que les séries non merci, ça va comme ça, je n'en peux plus ?
Par curiosité, pour voir non pas comment les petits malins de scribouillards commandités allaient pouvoir faire du neuf avec du vieux (ils y arrivent toujours) mais surtout comment el grande Javier allait relever le gant en passant derrière deux immenses acteurs dans le rôle de Max Cady, ce psychopathe revanchard ultra-violent et obsédé.
L'acteur espagnol, comme attendu, s'en sort finger in the nouze comme on dit là-bas, en laissant couver plus longtemps la sauvagerie du personnage et faisant croire tout le temps que ses explosions de rage ne sont jamais de son fait.
Mitchum la jouait bête hirsute impossible à dresser, De Niro taré maléfique prêt à plonger le monde dans l'Apocalypse, Bardem se la joue roublard aux petits oignons, ondoyant vers ses proies comme un énorme serpent d'eau.
Une autre genre de saloperie, quoi.
Face à lui, première défaite de producteurs en panne d'inspiration, deux acteurs très bankables et tout à fait experts pour incarner une certaine fadeur très américaine et très comme il faut, Amy Adams et Patrick Wilson en caricatures de couple WASP confortablement blindés qui ont enfoui leurs petits travers sous leur villa chic (elle buvait comme un trou jadis, c'est un ancien Marines qui aime bien coller des mornifles à l'occasion).
Autant dire que face à la bête, ils font pâle figure.
Il faut se souvenir que le roman initial, signé par l'excellent John D. McDonald, UN MONSTRE A ABATTRE, n'était qu'un solide thriller sans autre intérêt et envergure, déjà, que son personnage cinglé. Il avait été aussitôt avalé tout crû par Hollywood avec un casting aux petits oignons, un thème musical qui bombarde signé Bernard Hermann avec un cinéaste assez moyen aux manettes.
Le remake qu'en fera Scorsese 30 ans plus tard n'est rien d'autre qu'une autre série B aux aspects un poil plus rutilant mais pas plus maline, une sorte de défouloir pour le cinéaste entre deux projets plus personnels.
Les plateformes de streaming sont des ogres à bouffer des histoires, alors faute d'en produire des originales, elles nous refourguent de ces vieilles camelotes rafistolées à la va-comme-je-te-pousse (le quotidien d'Hannibal Lecter avant qu'il ne se fasse choper, la douce enfance de Norman Bates, la suite de la carrière de Clarisse Starling, le mariage de la petite fille de Jabah-le Hutt pendant qu'on y est, que sais-je...).
Le Cape Fear d'Ancosta se tient à peu près jusqu'à ce que, justement, il nous emmène sur le territoire de Cady, là où ses traumas enfantins ont fait de lui le salopard qu'il est aujourd'hui.
Ah non, pas une saison 2 quand même !...
A noter la présence au scénario de Brian Evenson, écrivain génial aux livres TRES torturés (conseil maison: LA CONFRERIE DES MUTILES et surtout INVERSION) qui a répondu aux sirènes des plateformes comme d'autres avant lui aux sirènes de Hollywood.
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