mercredi 3 juin 2026

COCOTTE, run Cocotte, run !

 


Nous avons donc eu Jerzy Skolimovski et son magnifique EO. A suivi Andrea Arnold et son très émouvant COW. Oui, quand il y en a marre de nous, engeance d'humains, il y a matière à faire, à dire et à filmer dans la gente animale. Après le saucisson d'âne et le bon lait de vache, aujourd'hui c'est nuggets avec l'incontestable héroïne cinématographique de ce printemps: COCOTTE, ou la folle odyssée hérissée de la crête d'une poule un peu noirchonne au milieu de toutes ces poules toutes blanches qui s'échappe du camion, saute par-dessus les caisses, file devant le renard, cavale d'effroi après avoir fait face à une buse, se retrouve dans la gueule d'un molosse, découvre l'amour dans un poulailler occupé par d'autres poules toutes moches, apprend à faire la ponte buissonnière bref: Cocotte c'est la Lara Croft de la volaille.

Le film est signé par ce fou de Gyorgy Palfi, un Hongrois qui a déjà commis quelques coups fumeux dont l'incroyable TAXIDERMIE, - le seul que j'ai vu de lui - qui m'avait retourné la rétine et le reste en me faisant osciller entre haut-le-coeur et fou rire, expérience suffisamment rare pour être évoquée. 

Il est à peu près sûr que notre Hongrois a vu le Skolimovski et s'en est inspiré, jusqu'à l'évocation en second plan, mais suffisamment importante pour avoir de sévères incidences sur le destin de Cocotte, d'une population humaine très occupée par ses petites magouilles peu glorieuses. L'âne Eo croisait une horde de supporters de foot abrutis, des éleveurs tortionnaires, un routier assassin et des aristocrates cinglés, ici la pépette se retrouve dans une basse-cour humaine peuplée de petits trafiquants aux faits d'armes peu glorieux: ils font aussi dans le transport de migrants dans des conditions ignobles.


Mais Cocotte, qui en a là-dedans, tout ce qu'elle veut c'est qu'on arrête de lui piquer ses oeufs, un point c'est marre.

Moins docile qu'un bourricot, plus mobile que la vache qu'on traie, Cocotte est filmée sous toutes les coutures et c'est fou comme cela peut être à la fois drôle, ridicule, altier et bravache comme bestiole. Palfi a du s'aider à foison du numérique pour placer sa starlette bien dans le cadre et il a bien eu raison: l'illusion est parfaite et COCOTTE serait même le film absolument idéal à montrer pour faire marrer ses gosses, si ce n'est les quelques accès de violence et d'injustice qui laissent un goût assez dégueulasse au fond de la gorge. 


Mais là encore, ce n'est pas de la faute du renard, ni de la buse, ni de ces connes de poules moches et jalouses mais de nous, pauvre espèce.

Il ne faut pas rater ce bienheureux ofni, qui lorgne autant sur le chef-d'oeuvre équin sus-cité que sur CHICKEN RUN, l'autre grand manifeste pour un poulailler libéré, peuplé de poules libres.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire