Que consomme Quentin Dupieux ? Que boit-il, que fume-t-il, que s'injecte-t-il, tout ça en fait, je m'en fous. Par contre je voudrais bien savoir: que lit-il ? Lui qui s'agace, parait-il, lorsqu'on le compare aux grands poètes de l'absurde, sa bibliothèque ne serait-elle pas plutôt farcie d'une moultitude de livres de philo qui lui seraient montés à la tête ?
Des films comme INCROYABLE MAIS VRAI, REALITE ou L'ACCIDENT DE PIANO me confortent un peu dans cette idée, même si son travail est toujours trop imprégné de culture pop pour en faire un candidat sérieux aux prochains sujets du bac. Pour illustrer son idée que notre monde ne serait que le reflet, le double, l'illusion d'un autre, - idée guère nouvelle mais qu'on a plaisir à retrouver tellement c'est rigolo d'y penser et de faire joujou avec ce genre de concept tordu, Dupieux nous la joue Philip K. Dick: je suis vivant et vous êtes tous morts, - ou l'inverse -, quelqu'un est en train de nous rêver mais alors quand je rêve, le monde que je rêve existe-t-il ? Et vice-versa ?
De cet imaginaire en surchauffe enrobé de philosophie de comptoir le cinéaste a choisi de la faire courte (à peine 1h10 mais c'est suffisant) et surtout très moche. Personnages aux graphismes sortis d'une génération de jeux video à jamais obsolètes, LE VERTIGE fait avant tout très mal aux yeux tout comme il fera jaillir des larmes de sang à votre âme d'esthète trop sensible.
Soit Alain Chabat qui va voir son pote Jonathan Cohen pour lui annoncer un truc dingue: leur monde est complètement factice et il a d'ailleurs soigneusement consigné des dizaines et des dizaines de preuves qu'eux tous vivent dans un univers de simulation. Vulgaire, la simulation, avec des bugs dignes de ChatGPT version gratos: ma boulangère a huit doigts, une crotte de chien scintille sur le trottoir, un pigeon fait du surplace sous une plaque d'égout et tiens, puisque je te le disais, Anaïs Demoustier accouche debout dans sa cuisine d'un bébé sans cordon ombilical.
Sans le contact direct avec le jeu des comédiens qui font d'habitude tout l'épice de ses comédies cintrées, il reste une suite ininterrompue de dialogues répétitifs assez peu soignés (-Mais t'es con ou quoi ? Tu comprends vraiment pas ce que je te dis ou t'es complètement débile ? Ah ouai c'est ouf ! Putain c'est dingue...) qui, une première en ce qui me concerne pour un film de Dupieux, n'ont fait rire personne dans la salle.
J'aime bien le Dupieux dynamiteur d'une certaine bienséance, sa façon de secouer ses vedettes en leur faisant faire des trucs ineptes et parfois grandioses (Exarchopoulos dans MANDIBULES, Quenard dans YANNICK), son sens du contre-pied incessant.
Mais ici, comble de la paresse ou du foutage de gueule, à chacun d'en juger, il parvient aussi à rendre le film pathétique dans son dernier quart d'heure, au détour d'un twist scénaristique tellement pourri que je ne vous en parlerai même pas, et que je vais tâcher d'enfouir dans les tréfonds de ma mémoire.
J'aime trop le cinéma de ce fou alors je préfère dire: vivement le prochain Dupieux !
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