Je crois que, comme à peu près tous les cinéphiles de cette planète, j'éprouve des sentiments très ambivalents vis à vis du travail de Claire Denis. Car entre ratages qui frisent le ridicule (pour moi, des films comme UN TRES BEAU SOLEIL INTERIEUR ou LES SALAUDS sont des épreuves très mal vécues) et réussites splendides (S'EN FOUT LA MORT, BEAU TRAVAIL ou son terrific TROUBLE EVERYDAY, dont je cauchemarde encore), il y a tous ces films imparfaits, risqués et pas toujours réussis qui réussissent quand même à attirer mon attention.
LE CRI DES GARDES est l'adaptation de la célèbre pièce de Koltès COMBAT DE NEGRE ET DE CHIENS que la cinéaste avait promis au dramaturge et à son comédien fétiche Isaach de Bankolé d'adapter un jour. Parole respectée donc, pour une transposition contemporaine quelque part sur un chantier dans un pays d'Afrique de l'Ouest.
Un soir, un type se présente à la grille d'un immense chantier pour réclamer le corps de son frère, mort écrasé par un bulldozer et le ramener à sa famille. De l'autre côté, Horn (Matt Dillon) qui est responsable de l'usine, essaie de lui faire comprendre que le corps ne pourra lui être restitué qu'au lever du jour, mais l'homme insiste. En filigrane, Horn attend l'arrivée de sa toute jeune épouse venue lui rendre visite et Cal, son mystérieux adjoint aux manières brusques, semble avoir des choses à se reprocher.
Comme j'ai toujours eu quelques problèmes avec les pièces de Koltès et ses textes arides qui ne peuvent vivre que par des incarnations très travaillées et une mise-en-scène très précise, disons qu'ici, entre la sensation artificielle d'enfermement dans un grand espace, des interprétations assez faiblardes (la pauvre Mia McKenna-Bruce n'a pas l'air de bien comprendre ce qu'elle fout là, comme son personnage d'ailleurs) et des morceaux biographiques de personnages lourds comme des ânes morts, non seulement le temps ne passe pas vite, mais on espère souvent que l'épaisseur de certains dialogues comme de certaines situations, grossièrement amenées, passent leur chemin plus vite que ça.
Chapeau aux metteurs en scène qui ont réussi à faire vivre ce texte impossible sur les planches, mais ici cela ne prend pas du tout. Passés les moments où la lourdeur symbolique des situations fait vriller les personnages vers des scènes ingérables, LE CRI DES GARDES fait quand même passer un sale et piètre moment de cinéma, et à ses comédiens aussi, tous à la godille. Tom Blyth n'arrive pas à rendre crédible son personnage de salaud torturé, et seul peut-être Matt Dillon avec son regard noir et sa démarche voutée arrive (presque) à faire passer quelque chose, de temps en temps.
Claire Denis sait filmer l'Afrique et si c'est de l'Afrique d'aujourd'hui qu'elle veut nous parler, en ajoutant quelques détails actuels comme la main-mise de la Chine sur le continent ou la présence des milices Wagner, cela fait plouf et le spectateur, qui en verra d'autres, soupire très fort dans son siège.
A ce titre, les dix dernières minutes sont ridicules. Rien de pire qu'un film qui se plante avec un grand esprit de sérieux.
Une cata, je vous dis.
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