Voici donc le retour en grâce d'un des enfants bénis de la cinéphilie yankee, de celui qui s'était comme égaré dans la lande depuis.... depuis... oulala 10, 15, 20 ans ? Rien de honteux pourtant puisque, entre deux films moyens et quelques tentatives de série télé réussies (FEUD), le réalisateur tant admiré des années 90 et 2000 nous avait quand même laissé quelques signes encourageant.
LA CORDE AU COU relate un faits divers célèbre (là-bas) survenu dans les années 70, lorsqu'un certain Tony Kiritsis, persuadé d'avoir été floué par une société de crédit, avait pris en otage le propre fils du président de la boîte avec un système assez ingénieux de fusil attaché au cou de sa victime, au sien et au détonateur. Très énervé et très fûté, Kiritsis avait rameuté autour de lui la sympathie du grand public en prenant contact avec le DJ le plus écouté et le plus cool de Cincinatti, un certain Fred Temple, afin de faire entendre sa voix.
Prolétaires de tout le comté, on vous ment, on vous spolie, c'est peu dire que le drame de Fred trouva un écho sans partage auprès des losers du coin: lorsque notre preneur d'otage prévient la police de ce qu'il est en train de faire, se venger de la société qui l'a volé, le flic au standard lui demande d'emblée: "une société de crédit, c'est ça ?".
En Amérique comme ailleurs, on n'a peut-être pas le droit de dire qui sont les plus grands voleurs, mais on sait tous qui ils sont.
Pourquoi Gus Van Sant s'est-il intéressé à cette vieille histoire ? D'emblée, les motivations de notre héros font assez penser à cette histoire récente de grand patron d'une des plus grosses société de Mutuelle de Santé privée qui avait été abattu de sang froid par un jeune révolté qui lui reprochait d'avoir fait le malheur de milliers de personnes privées de soins.
Mais le motif "politique" n'a pas l'air vraiment de passionner Van Sant plus que ça. Pour preuve cette façon qu'il a surtout de s'intéresser au profil azimuté de son Tony, à qui un épatant Bill Skarsgard, pour une fois sans prothèse ni couches de maquillage en trop, prête ses gros yeux roulant, ses grandes pattes de mante religieuse et ses étranges tics et tocs. Le film ne dit pas trop si c'est la situation qui a rendu Kiritsis comme ça ou si cela date depuis fort longtemps mais, quand même, issu d'une fratrie très fournie, le frangin venu à sa rescousse devant les caméras avoue quand même qu'il est "un des seuls à qui Tony parle encore".
LA CORDE AU COU parvient à rendre ce personnage étrangement attachant et inquiétant mais c'est aussi à la mesure du vide que ce personnage cataclysmique opère autour de lui. Si l'on excepte le personnage du "big boss" de Mortgage Company incarné à distance par Pacino (en phase de jeangabinisation avancée, le téléphone à l'oreille et le cul dans un sofa tout du long), vieille saleté qui ne voudra rien concéder du tout, quitte à sacrifier son fils, tous les rôles apparaissent d'une fadeur désarmante: une journaliste débutante un peu candide, un flic teigneux mais pas foutu de faire quoi que ce soit, un DJ cool avec sa sempiternelle clope au bec mais qui ne sert pas à grand chose, un agent du FBI sorti d'une BD, et même un otage qui n'a pas l'épaisseur ni la valeur marchande du véritable responsable, son père, avec qui Kititsis avait pourtant rendez-vous avant de se rabattre sur lui.
Le film souffre sans doute de la comparaison avec le dernier Kelly Reichardt qui battait elle aussi le rappel des années 70 sous couvert de polar "vintage" mais pas pour dire, comme ici, que les choses n'avaient pas changé aux USA depuis ces années-là mais plutôt pour parler de manière plus fine de nos mentalités d'aujourd'hui.
Avec ses faux inserts d'images télé au milieu des plans et de photos comme prises par des journalistes de presse embusqués, Van Sant ne bouscule pas grand chose: Oliver Stone faisait déjà ça dans JFK par exemple, et quelques suiveurs moins inspirés encore, genre Tony Scott et toute la smala, nous ont gavé du procédé des années durant. Sans parler des inserts "vrais documents" lors du générique de fin, qu'on voit systématiquement maintenant pour battre le rappel du fameux "tiré d'une histoire vraie".
Bref, si LA CORDE AU COU ne nous a pas rendu le Gus Van Sant mirifique d'ELEPHANT, de GERRY ou de LAST DAYS, ce n'est pas non plus le Gus Van Sant plan-plan de WILL HUNTING ou de FORRESTER. Qui n'est pas nul non plus, d'ailleurs. Ni aventureux, ni trop prudent, le film cherche peut-être à mordre le gras du cul de l'Amérique actuelle.
Cela reste à voir, il faudrait y mettre plus de vigueur.
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