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mercredi 9 septembre 2026

Notices en vrac (XI) MOI TONYA, RUNNING MAN, MAYDAY

 


L'histoire est assez célèbre pour être tenté d'en faire en film, voici le destin lamentable de Tonya Harding, cette patineuse sur glace que de bons "amis" à elle ont voulu aider en brisant le genou de sa plus redoutable adversaire. Dans le détail, cette affaire est si grotesque que MOI, TONYA a parfois des allures de mauvaise blague signée Coen brothers: petit copain très amoureux mais pas très futefute (Sebastian Stan, déjà très bon), bande d'amis peu recommandables, coach un peu timide et surtout, surtout, une mère horrible dont la vie ratée et la méchanceté crasse se cache à peine derrière la fumée de ses cigarillos qui puent et d'impressionnantes lunettes à double foyer (la géniale Allison Janney, grande actrice de second plan ici absolument terrifiante).


Cela pourrait être aussi, bien sûr, une fable supplémentaire sur la course au succès à tout prix, une anti-success story de plus autour de l'infantilisme décourageant de ces Américains qui, lorsqu'ils ne pensent pas qu'à l'argent, rêvent au moins de gloire.

Le style de filmage et de montage de Craig Gillepsie lorgne beaucoup sur le style GOOD FELLAS, avec des protagonistes qui, par exemple, parlent à la caméra durant les scènes de procès, ou lorsque l'on suit à la steadycam le nervis bas du front chargé de péter une jambe dans les entrailles du gymnase.

On ne dira jamais assez, par ailleurs, combien les tics et les tocs des Coen, de Scorsese ou de Tarantino ont trop infusé dans le cinéma américain ces dernières décennies.


Le film a déjà presque 10 ans, et les particularités communes au récent MARTY SUPREME du frangin Safdie sautent aux yeux à maintes reprises. Il vaut surtout pour l'abattage déjà impressionnant de Margot "Barbie" Robbie, excellente dans la hargne comme dans sa grâce de patineuse, et pour la description en creux d'un sport qui ne veut absolument pas à son sommet de ce genre de pauvresse "white trash" qui laisse du rouge à lèvres sur ses mégots.

On se souvient alors de la pauvre Surya Bonaly à qui les jurys du monde du patinage ont fait payer la couleur de peau. Derrière la beauté, la laideur d'un triste milieu. Le film est pêchu, et traversé tout du long par une ironie assassine qui fait plaisir.


RUNNING MAN de ce petit malin d'Edgar Wright reboote, reprend, slampe le vieux machin avec Schwarzenegger lui-même inspiré d'un roman du King (Stephen), qui ressemblait beaucoup à une nouvelle quasi contemporaine de Robert Sheckley qu'adapta Yves Boisset pour LE PRIX DU DANGER. Vous suivez ?

Vous connaissez l'histoire: un pov' père de famille fauché comme les blés décide de s'inscrire à un jeu télé en temps réel où il doit survivre le plus longtemps possible à 5 tueurs lancés à ses trousses, ainsi qu'au bon peuple qu'on gratifie lorsqu'il cafte. Nous sommes dans une société futuriste, bien sûr.

L'excellent Glen Powell endosse sans problème sa défroque d'action-man mal embouché, Josh Brolin incarne le méchant PDG tout en dents blanches et Colman Domingo a l'air de s'éclater en présentateur sans morale (sans arriver à la cheville non plus du numéro de Piccoli dans le Boisset, mais c'est autre chose).


Grand public sous hypnose, règles truquées, police achetée par la même société qui produit le show, alter-mondialistes gauchistes qui oeuvrent dans l'ombre pour désaxer l'infernale mécanique du Grand Capital pourrissant... Edgar Wright y va à fond pour faire comprendre qu'il est au-dessus de la moyenne dans l'exercice, en faisant presque croire que ses deux idoles, ce sont le Che et Bansky. 

Mais sans doute faut-il que quelqu'un se dévoue pour lui avouer ceci: des cinéastes doués qui enfilent les grandes scènes d'action, les bonnes blagues, le gadgets ingénieux et les grosses explosions, à Hollywood et sur les plateformes, il y en a plein.

Au suivant.


Ben tiens, justement, MAYDAY de Daley & Goldstein (kiça ?)... Sur la plateforme Apple qui décidément ne produit pas grand chose de bon côté films, on a demandé à deux réalisateurs de série de mettre en boîte la rencontre buddy-movie entre Ryan Reynolds et Kenneth Brannagh. Nous sommes à l'aube de la perestroïka, et un pilote d'avion furtif américain se fait péter au-dessus de la Sibérie. Il est recueilli par une sorte d'ermite, ancien du KGB, qui rêve d'Amérique et possède la VHS de.. TOP GUN.

Entre ce beau gosse rigolo de Reynolds et le vieux Brannagh qui sait bien faire l'accent russe (65 ans aux fraises, merci aux effets numériques pour les bastons et les cascades), la mayonnaise finit par prendre, tant bien que mal, même si on a affaire ici à un film d'action écrit sur un coin de bout de PQ et filmé selon le cahier des charges habituel de la chaîne: comme une série Apple, quoi.


Des poncifs, des clichés, des dialogues alertes qui peuvent de temps en temps arracher un sourire, un méchant qui fait à peine peur et des situations qui auraient mieux convenu à un jeu vidéo (faire atterrir un avion de tourisme sur un porte-avion, s'enfuir de la Place Rouge à bord d' un porte-missile atomique). Quand le film s'arrête sur une ultime blagounette, et que Kenneth savoure enfin ce BigMac tant rêvé, on se dit qu'on a déjà vu bien pire, et que c'est justement ça le problème.