vendredi 4 septembre 2026

Notices en vrac (X) SMASHING MACHINE, HONEY DON'T & BACK TO THE FAMILY

 


Bennie et Josh se sont séparés, Josh est parti faire un biopic tout excité sur un pongiste américain dont personne ne suspectait l'existence, Bennie a lui choisi de retracer l'histoire de Mark Kerr, une des toutes premières vedettes de ce qui s'appellera plus tard la MMA. Coups de pied, coups de coude, de genoux, manchettes et clés de bras, plaquages au sol et retournés à vous éparpiller les vertèbres, nous voici à l'aube de l'apogée d'un des sports de combat phare du XXI° siècle.


Pour peu que le phénomène sportif vous indiffère, voire vous exaspère, comme moi, reste quand même la force d'un spectacle qui envoie du lourd, c'est le cas de le dire. Pour Bennie Safdie, c'est du nanan puisqu'il s'offre ici les services de Dwayne "The Rock" Johnson, ancienne star du catch et figure rigolote des action-movies d'aujourd'hui, qui a du retrouver pas mal des frissons, des contraintes et des déperditions de son ancienne discipline.

Pourquoi avoir réalisé ce film par contre, si ce n'est pour offrir l'occasion à sa star de se faire reconnaitre comme un véritable acteur (et c'est vrai qu'il est très bon, et même souvent émouvant), ça c'est un mystère. Mark Kerr a connu l'apogée dans son sport comme le grand plongeon dans l'océan des opiacés et des anti-douleurs, presque atteint le point de rupture psy, manqué se séparer de sa femme mille fois, mais enfin comment faut-il le dire... on s'en fout !


Hormis la prestation de The Rock, il faut aussi reconnaitre à Emily Blunt un certain talent à incarner cette bimbo un peu bling-bling folle amoureuse, malgré tout, de son Conan le Barbare à elle. Comme dans le film de son frangin, MARTY SUPREME, et même s'il file à un rythme moins cocaïné, SMASHING MACHINE a les mêmes qualités et les mêmes défauts: de l'énergie à revendre et un usage immodéré d'une bande son pop and rock qui vire souvent au clip vidéo. 

Mais enfin, la scène de ménage filmée au rythme du magnifique JUNGLELAND de Springsteen, ça remue quand même les tripes.

Une paire de frérots qui s'est séparée, mais pas fâchée, eux, puisqu'ils vont se retrouver sous peu, se sont les Coen. Il serait temps qu'ils se retrouvent, parce que le petit Ethan s'égare un brin. Après son sympathique DRIVE-AWAY DOLLS, polar baladeur avec deux héroïnes gay égarés dans la jungle des psychopathes, beaufs, crétins et autres fumiers typiquement coeniens, voici HONEY DON'T, toujours avec la pétaradante Margaret Qualley, toujours aussi bombesque, toujours aussi géniale, toujours aussi lesbienne que dans le précédent.


On se réservera le droit d'analyser plus tard la focalisation un peu peeping Tom d'Ethan pour les amours lesbiens ainsi que sa fixette sur la belle Margaret. Ici, elle est détective privée dans un bled tout moisi de Californie du Sud. 


Il y a un accident de voiture douteux, un pasteur charismatique qui se sert de Jésus pour mettre toute la gente féminine du coin dans son pieu (Chris Evans, qui a un peu de mal à tâcher son image de gendre idéal à la verveine citronnée), une fliquette libérée, un flic marrant qui insiste sans espoir pour inviter Honey à prendre un pot, des hommes de main bas du front et un scénario qui s'éparpille dans tous les coins sans se préoccuper de savoir où sont partis les morceaux, Ethan Coen le premier.

Il manque quelque chose à Ethan, mais là inutile de se creuser la tête bien longtemps pour savoir quoi: c'est la noirceur et l'esprit de sérieux de son frère.

Et où était donc passé Sharunas Bartas, ce roi déchu du feel-no-good-movie et ex (petite) égérie du cinéma d'auteur européen ? Le lituanien est apparemment passé au travers d'accusations de harcèlement sexuel sur ses tournages, aussi mon dernier souvenir de lui, en salles, était le très beau (mais très noir) FROST sur la guerre au Donbass.


Ce joyeux drille a du manger sa casquette depuis, fini les coprod européennes et retour au pays: BACK TO THE FAMILY, sorti en 2025, raconte le retour au village d'une jeune femme partie loin. Et on comprend vite pourquoi: mamy agonise dans sa chambre, maman devenue obèse se saoule du matin au soir, son beau-père qui ne suce pas que de la glace non plus, se verrait bien refaire un tour dans le lit "de sa petite fille chérie" et lorsqu'elle va faire un tour au village, c'est pour se retrouver en compagnie de drôles de tête, aux intentions litigieuses.

Absolument pas recommandé par le ministère du tourisme lituanien, ce calme cauchemar qui s'achève sur un repas d'obsèques où beau-papa et maman ne sont pas les plus atteints. fascine quand même par son insistance à filmer la misère sans rien en cacher, laissant apparaitre quelques beautés derrière ce rideau de laideur. On pense un peu à Pedro Costa, aussi, ce qui est un compliment. Bartas a tout de même un talent incroyable pour dénicher des trognes pas possibles.

Il est, toujours, un cinéaste à visiter de temps en temps.



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