jeudi 3 septembre 2026

Notices en vrac (IX) GANGS OF TAIWAN, LES RACINES DU MONDE & USH-A-BYE BABY


 Avec son titre de méchant film de baston à se bouffer des mandales non-stop, GANGS OF TAIWAN est pourtant beaucoup plus que cela. Ce n'est pas du tout ça d'ailleurs, car les séquences de castagne sont ici assez furtives, remplacées pour le coup par une ambiance concrète de menace physique permanente et de coups fourrés qui peuvent venir de n'importe où. Nous sommes à Taipei en 2019, et la population suit, inquiète, les manifestations violentes qui ont lieu chez leurs voisins à Hong Kong, rétrocédé il y a peu à la Chine.


GANGS OF TAIWAN est un film sur une tempête qui arrive, sur une menace qui s'annonce: celle de la main-mise du géant voisin sur Taïwan. Zhong-Han travaille dans le resto de ses parents, un vieux truc où on mange bien mais se trouve déjà menacé par l'appétit féroce d'un nouveau propriétaire. A côté de ça, le jeune homme tombe amoureux et cherche à se défaire du gang de racketteur dans lequel il joue le gros bras mutique (il est muet).

Drôle de film, qui accapare toute notre attention par la singularité de son héros particulièrement incernable d'abord (le beau gosse Wei-Chen Liu), mais plus encore par le parallèle qu'on est obligé de faire entre le présent de Hong Kong et ce que Taïwan va devenir, si ce que chacun redoute arrive. Via ses hommes d'affaire cravatés, courtois et sans scrupules qui rôdent déjà pour faire de cette vieille cité un nouveau Taïwan, et par la violence mafieuse qui d'un coup se décomplexe pour gagner en perversité.


Toujours à l'autre bout du monde mais en des contrées autrement plus exotiques, LES RACINES DU MONDE de Byambasuren Davaa est un film qui nous vient de Mongolie, sur les pas d'une famille d'éleveurs nomades qui vivent là depuis des générations. Comme toutes les familles des steppes, ils vont devoir faire face à des entreprises minières qui veulent les expulser pour retourner leurs terres.

Pays rarement filmé, la Mongolie donne dans ce très joli film ce qu'elle a de meilleur à offrir: des paysages à couper le souffle, des trognes burinées par le soleil, de splendides sourires avec des dents blanches jusque là ou l'image d'une gamine hilare qui court après un troupeau de chèvres en agitant son bâton. 


Dommage que la réalisatrice ne sache pas faire autre chose qu'un film-dossier (contre les géants de l'extraction de minerais qui défigurent et polluent à tour de bras et en toute impunité) sur fond de mélodrame familial. Garder ce motif en toile de fond aurait été tout aussi percutant si le film s'était plus attardé sur les petits détails qui accrochent, comme l'improbable bagnole customisée avec talent par le père de famille et qui, même pétée de partout continue à rouler comme en 40.  

En 1990 sortait un petit film irlandais, HUSH-A-BYE BABY, qu'on a pris soin tout récemment de restaurer avec soin. Je n'ai pas vraiment compris pourquoi, si ce n'est que, peut-être, le film de Margo Harkin a proposé là une sorte de combo 2 en 1 des grandes plaies à jamais non cicatrisées de la Verte Erin: le droit à l'avortement et le conflit nord-irlandais (on parlera des méfaits de l'Eglise catholique plus tard).


On y suit donc l'adorable Goretti, 15 ans, d'abord avec ses copines qui s'éclatent sur Cyndi Lauper et mâchent du chewing-gum en regardant les garçons, qui les regardent. Il y a la rousse délurée, la bonne copine en excès de poids, la romantique mystérieuse (Sinead O'Connor en personne, un des grands amours platoniques de ma vie, mazette je vais pleurer) et Goretti donc. Qui s'amourache d'un gaillard absolument charmant, moins con que la moyenne dirons-nous et vlan ! Polichinelle dans le tiroir et le pauvre Ciaran qui se fait serrer par ces enflures d'angliches au gré d'une rafle.

Le film n'est pas forcément gai, pas forcément triste non plus mais, plombé par une sorte de fatalisme insidieux, ne cherche même pas à prendre parti ni à sortir son héroïne du cul-de-sac. Entre cauchemar du ventre qui gonfle et celui où apparait la statue de la Vierge Marie, on voit bien que Margo Harkin, si jamais son coeur balançait d'un côté ou de l'autre, n'a pas voulu y aller trop franco.

Reste que ce (très) petit film est passionnant pour ce qu'il montre de l'enseignement et de l'utilisation de l'Irlandais lors de cette période: interdit à l'école et en espace pénitentiaire, mais employé d'une manière cynique par un soldat anglais lors d'un contrôle de routine.

Et lors d'une scène de baptême, c'est Sinead qui chante. Bon sang, mais qu'est-ce-qu'elle pouvait envoyer...

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