mardi 15 septembre 2026

BLOODY MAMA, maman gros bobos.


 Parmi les presque 500 films que le mythique Roger Corman produisit au long de sa fructueuse carrière, il en est une petite cinquantaine qu'il réalisa lui-même. Rapiat notoire, partisan du système D. et des économies de bout de ficelle, notre bonhomme découvrit moults talents, devant et derrière la caméra, une liste tellement longue qu'elle recoupe quasiment tous les grands noms du cinéma américains éclos entre la fin des années 50 et les années 80.

Son dada, c'était les adaptations d'Edgar Poe, les loups-garous, les vampires, les reboot approximatifs de Frankenstein, les westerns à un seul décor ou encore les films avec course de bagnoles. Il n'a pas fait que des bouses, loin de là, mais il en a fait beaucoup... Tout comme sa boite de production avait surfé sur la vague EASY RIDER en sortant un nombre invraisemblable de films à motards discount, il a aussi pas mal abusé de la vague BONNIE AND CLYDE en produisant beaucoup de films de gangsters durant la grande Dépression.

Parmi eux, il tourna lui-même ce BLOODY MAMA, un rien plus sophistiqué et moins fauché que ses autres films, notamment grâce à cette sacrée Shelley Winters qui, sa gloire passée mais pas encore tout à fait oubliée et entre deux cachetons pour des seconds rôles dans des films catastrophes ou des séries télé, s'était proposée toute seule comme une grande pour jouer cette fameuse Kate "Ma" Barker, matriarche un brin psychopathe qui a bel et bien existé, et avait élevé ces quatre grands garçons dans le respect du vol, du viol, du meurtre et du racket. Le cinéma (et les productions de Corman surtout) se sont beaucoup inspiré de cette figure sauvage du grand rêve américain retourné comme un gant. Le groupe Boney M. aussi, qui en fera un hit disco qu'on fredonne encore.


En échange d'un cachet qu'on devine dérisoire (Corman était dur en affaire, c'est rien de le dire), elle avait tenu à amener avec elle cinq acteurs de l'Actor's Studio qu'elle fréquentait beaucoup et dont elle appréciait le travail: Don Stroud, Robert de Niro, Clint Kimbrough, Robert Walden et Bruce Dern, rien que ça, ce dernier incarnant le béguin homo d'un des frères rencontré en prison, et que Ma Barker se tapera au passage (parce qu'elle en a envie, c'est elle qui décide).

Entre deux volées de solo de banjo, il y aura des braquages à la mitraillette, des prises d'otages originales (coller des mémés aux portières de la voiture après un casse, pour pas qu'on leur tire dessus), un kidnapping avec demande de rançon, des vols qui tournent mal, des petits tours en prison, des impromptus malencontreux (Lloyd, le fiston un peu faible d'esprit accro à l'aiguille qui viole une jeune fille qu'il faut liquider).


Sorti en 1970, BLOODY MAMA n'a rien perdu de son jus et Corman savait battre le rythme à la bonne mesure, quand il le voulait bien. Ce qui est toujours aussi perturbant, c'est à quel point les perles d'immoralité et de provocation aux bonnes moeurs font toujours mouche. Entre l'homosexualité sans complexe, les sous-entendus sexuels permanents, l'ambiance continuelle d'inceste consommée sans modération et la violence radicale de cette patriarche dégénérée, il y a tout de même ce moment presque émouvant où les garçons trouvent, dans le riche homme d'affaire kidnappé (campé par Pat Hingle), une figure paternelle de rechange, personne morale, droite et rassurante qui tourneboule complètement leurs valeurs (mais pas celles de leur Mama, constamment dépravées).

Bien sûr, c'est parfois assez cheap. On fermera donc les yeux sur la fusillade finale, assez drôle au demeurant (avec ces badauds qui s'arrêtent pas loin pour apprécier le spectacle) et sur l'alligator géant en plastoc, mais BLOODY MAMA est un film qui pique toujours, grâce notamment à une Shelley Winters sortie des flammes de l'enfer.

C'est une rareté à ne pas manquer, si vous en avez l'occasion (et pas froid aux yeux).



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