lundi 19 janvier 2026

LE SUD de Victor Erice (pero la estrella esta al norte)

 


C'est un cadeau dont on ne va pas se priver, Le sud de Victor Erice ressort en copies neuves dans quelques cinémas. Et dire que ce bonhomme n'a tourné que 4 films en 50 ans ! Celui-ci est son deuxième, tourné en 1983, 9 ans après son premier chef-d'oeuvre, L'esprit de la ruche

C'est encore une fois une histoire d'enfance, de vies mystérieuses d'adultes aux tristesses incompréhensibles, d'une Espagne franquiste perdue dans ses illusions mais empêchée de vivre, coincée dans la grisaille avec des esprits engoncés, d'une enfant qui rêvasse sur le nom d'une actrice sur l'affiche de film d'un mélo qui passe en ville, tout comme le monstre de Frankenstein fascinait la petite Ana Torrent dans L'esprit de la ruche.


Dans les trois grands films espagnols tournés pendant le franquisme, les deux films d'Erice et Cria cuervos sont sans doute les plus marquant et les plus pertinents pour nous parler de la chappe de plomb qui étouffait alors le pays, et ils passent tous les trois par le regard d'une petite fille. 

Tout comme dans le film de Carlos Saura, il n'est pas question d'innocence mais plutôt de l'acuité de ces regards, vierges mais pas dupes, incrédules mais perçant. Si on veut bien même se souvenir du Saura, la perte de l'innocence était même le grand sujet du film, projetée dans le sordide et le criminel de manière trop précoce (et sans doute fantasmée).

Rien de tel dans le cinéma d'Erice qui nous confine dans une douceur certes inconfortable (il fait toujours froid dans ce coin d'Espagne sans nom) mais une douceur des plus chaleureuses tout de même, blottie autour d'un noyau familial aimant, et qu'on croit solide.

Le sud du titre est ce bout d'Espagne lointain où il fait chaud sans doute (trop chaud, parait-il) mais que le père d'Estrella a fui après la guerre, brouillé avec un paternel aux idées contraires. Aujourd'hui médecin d'un petit hôpital de campagne, on a vite fait de deviner que ce type affable, au sourire fugace et aux humeurs sombres, qui assiste à la communion de sa fille derrière un pilier d'église pour ne pas frayer avec les bigots, fait partie des humiliés et des vaincus qui ont laissé derrière eux quelques années de prison, de souffrance, les neuf dixièmes de leurs rêves, de leur vie et de leurs illusions.


Ô joie, il me reste encore un film de cet immense cinéaste à découvrir, Le Songe de la lumière, son troisième. Ensuite, cette Arlésienne du cinéma espagnol, qui n'en tournera sans doute jamais un cinquième, n'aura pas fini de livrer tous ses secrets, et je me ferai un délice à l'avenir d'en éluder quelques uns.

Donc: me les trouver tous en dvd, et fissa.

Des films qui vous mettent la larme à l'oeil et vous mettent en joie dans le même mouvement, c'est bel et bien l'apanage des très grands.


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