dimanche 18 janvier 2026

FATHER MOTHER SISTER BROTHER, Living don't be alive.


Jim Jarmusch a les cheveux blancs depuis longtemps. Toujours gominé vers l'arrière comme un roady des Stray Cats, fine allure adolescente, clope et lunettes noires, fringues classes en jean et cuir, ses films sont rock'n'roll. Joe Strummer, Screamin' Jay Hawkins, Tom Waits, John Lurie, Neil Young, le Wu Tang Clan ou Iggy Pop ont traversé son cinéma comme s'ils étaient à la maison. 

Jarmusch a toujours été le cinéaste le plus cool du monde, laissant de longs creux entre ses réalisations et se foutant complètement des modes, un peu comme un Aki Kaurismäki du Midwest. D'ailleurs, il parait que ces deux-là s'adorent.

Plus Ozu que Kurosawa, nettement plus Hou Hsia Hsien que Tsui Hark, Jarmusch nous promène au fil d'une filmographie maison assez unique en son genre qui oscille entre très grand cinéma et films juste sympas.

Ainsi, Father Mother Sister Brother succède à The dead don't die, son film zombie un peu trop décontracté qui lui-même arrivait après le subtil Paterson... une sorte de montagne russe pour le cinéphile en attente, mais qui ne file pas à toute blinde, laissera votre coupe de cheveux rockabilly et votre pacemaker tranquilles.


Des gens sortent avant la fin de Father Mother... parait-il, et je me demande si Jarmusch ne pratiquerait pas un cinéma au tempo qui ne va plus du tout avec son époque. Raison plus sûre, le film est un peu déprimant et peut renvoyer à chacun et à chacune à ces zones noires de silences et de non-dits qui plombent les relations familiales et les repas de famille, le vrai sujet du film.

Dans le New Jersey, un père reçoit sa fille et son fils pas vus depuis des lustres. A Dublin une mère reçoit ses deux filles qu'elle accueille pour un tea-time une fois par an, alors qu'elles n' habitent pas loin. A Paris, Skye et Billy, qui sont jumeaux, se retrouvent dans l'appartement qu'ils ont habité enfants, alors que leurs parents viennent de mourir dans un accident.

Sans rien spoiler du tout, disons que c'est dans le troisième 'film" de ce film que les enfants auront le plus à dire de, - et avec -, leurs vieux. Et que par un impérieux appel d'air, le film se met soudain à respirer au rythme de cet amour fraternel, de cet amour tout court, de cet amour, enfin.


Father Mother
... peut faire pouffer parfois, mais la cruauté des scènes n'a sans doute d'égale que l'indifférence que les protagonistes éprouvent les un(e)s pour les autres. A cet égard, le deuxième segment si foutrement guindé et mortellement poli est sans doute le plus terrible, tant l'hypocrisie des trois protagonistes rend totalement absurde la séquences toute entière (mais pourquoi continuent-elles à se voir, ces imbéciles ?).

Petit détail qui trahit le grand cinéaste: le bouquet de fleur au milieu de la table.

La première est d'une méchanceté aussi indigne que certaines nouvelles à chute de Maupassant ou Ambrose Bierce, et la dernière vous serre le coeur.


Les comédiens sont tous fabuleux (ah ! les mines déconfites d'Adam Driver et Cate Blanchett...), stars et petits nouveaux au diapason de ce cruel jeu des 3 familles. On peut aussi s'adonner à un petit test des correspondances entre les trois histoires (la rolex, peut-on trinquer avec un verre d'eau, la blague avec l'oncle sans rapport avec le reste) avec l'assurance que les pièces de ces trois puzzles séparés pourrait très bien s'imbriquer dans les autres. Il y a toujours, chez ce cinéaste aux manières indolentes, du travail d'orfèvre dans l'écriture.

Nous voilà retournés à ce cinéma des années 60/70, celui de l'"incommunicabilité" cher à Bergman et Antonioni mais sur un mode cool, à la Jarmusch: mieux vaut s'acharner à parler aux morts qu'à des morts-vivants.

Les morts ne meurent pas mais souvent, les vivants ne vivent pas non plus.

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