Vous trouvez pas qu'il fait froid vous ? Arrêtez de geindre, ou je vous file un bon coup de pied au cul et vous envoie en hiver, au tout début du XX° siècle, dans ce bourg perdu au fin fond d'une vallée des Hautes Alpes, comme la petite et toute jeune mademoiselle Lazare, institutrice dépêchée là pour instruire les quelques gamins qui y vivent.
Ici on parle un genre de patois mâtiné d'occitan, on évite de se baigner trop souvent par peur d'attraper la maladie, les gens sont rustres et guère causant mais la demoiselle est volontaire et imprégnée de grand principes républicains.
Galatéa Bellugi incarne cette jeune femme qui aura tôt fait de se familiariser avec les drôles d'habitude du coin. Aussi le film ne nous épargne rien des vicissitudes de l'endroit et de ses drôles de moeurs: on coince les cercueils sur les toitures en attendant de pouvoir creuser la tombe au printemps, la veillée est ce moment de la journée où tout le monde se retrouve pour se raconter des histoires, - souvent inventées -, des avalanches régulières balaient la vallée avec leurs lots de désastre, les jeunes gens se reluquent en y repensant le soir et on habite en compagnie des bêtes car la chaleur humaine ne suffit pas toujours.
L'engloutie de Louise Hémon accomplit avec soin une reconstitution d'époque qui non seulement nous fait ressentir le choc des températures mais surtout une manière de vivre heureusement disparue. Un soin apporté aux détails qui nous raconte au passage, par exemple, que l'Etat français invitait les habitants de ces vallées perdues et hors d'atteinte six mois dans l'année, à aller peupler les nouvelles colonies, en Algérie notamment, que la mortalité y était très élevée, le taux d'instruction et d'hygiène déplorables et les vieilles croyances têtues comme des mules.
Dommage que la réalisatrice n'ait pas osé mieux tenir sa "note" teintée de merveilleux avec un final envoyé de manière un peu floue, ou timide. Le film voudrait danser sur le fil ténu des croyances et des superstitions autant que sur une part de fantastique morbide, - et très sexuel - que la réalisatrice n'a pas oser assumer totalement.
La peur du twist sans doute, spécialité pas vraiment de chez nous, ou la crainte de faire basculer cet édifice soigneusement bâti vers quelque chose de complètement insensé. Un équilibre très délicat à trouver en effet, mais un dénouement qui laisse quand même un peu sur sa faim.
A noter la musique très habitée signée Emile Sornin, qui joue lui-même de ce drôle d'instrument bourdonnant, la vielle à roue, dans une belle scène de danse.
Quand même, un très beau film.
Vu au cinéma toujours, Los tigres d'Alberto Rodriguez, thriller qui n'a d'original que son contexte (le monde des plongeurs professionnels qui travaillent sur les cargos ou des missions de récupération) et cette relation fusionnelle mais un peu compliquée entre frère et soeur.
Comme dans tout bon film noir qui se respecte il nous faut donc une quête de pouvoir, de pognon ou de possession amoureuse, et c'est ici la seconde option qui fait chavirer l'intrigue vers les problemos: Antonio doit des sous à son ex-femme qui menace de l'empêcher de voir ses gosses mais, un peu tête flambée sur les bords, a bien du mal à saisir la vie du bon côté malgré les conseils avisés de la frangine, Estrella, qui a la tête bien sur les épaules, elle.
Lors d'une mission de réparation sur un cargo qui fait souvent escale au port de Huelva, Antonio repère à travers une grille une bonne vieille cargaison de coke. Super plan donc, malgré les injonctions d'Estrella qui a vite fait de le qualifier de débile d'avoir même ébauché cette idée-là. Les deux vont quand même concocter un plan ingénieux qui aura vite fait de leur retomber sur le coin du buffet.
Pas grand chose d'original donc, si ce n'est quelques séquences tendues en immersion avec ses petits suspenses d'occasion: le tube de colle qui glisse des mains, la dope qui s'échappe d'un sac déchiré, le palpitant d'Antonio, plus tout jeune, qui commence à faire des siennes, les tympans abimés d'Estrella qui ne peut pas plonger au-delà de 20 mètres... le tout sur fond de bataille oedipienne sur le dos du papa décédé qui aurait légué tout plein de mauvaises choses à cette fratrie encombrée.
Les interprètes, Barbara Lennie et Antonio de la Torre sont très bons, arrivant même à rendre sympathiques ces deux boulets aux noeuds affectifs un peu trop serrés.
Mais on a vu ça mille fois ailleurs, soit en plus saignant, soit en plus drôle, et Los tigres n'égratigne pas grand chose.
Juste un bon petit polar du dimanche soir.
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