dimanche 22 février 2026

LES DIMANCHES et LE PREDICATEUR, jours du Seigneur.


 La foi est l'ennemie du doute et c'est pourquoi il semble qu'il y ait un dialogue à jamais impossible entre croyants et sceptiques. Qui croit en Dieu ne pourra jamais convaincre un bas rationaliste dans mon genre qu'il suffit de croire pour qu'il existe, ou qu'il est en chacun de nous qu'on le veuille ou non. 

Le film d'Alauda Ruiz de Azua nous présente Ainara, 17 ans, jeune fille de bonne famille catholique qui décide après une visite dans un cloitre avec son école de catéchisme de prendre le voile. Stupéfaction plus ou moins feutrée de la part de ses proches: sa grand mère très pieuse qui l'encourage un peu, un père un peu perdu dans ses difficultés matérielles qui ne sait pas trop comment négocier le truc, une tante fermement  athée qui s'offusque de voir cette jeune vie gâchée, un oncle un brin débonnaire qui décide de le prendre avec humour.

Si la cinéaste surfe de manière assez habile, façon lent robinet d'eau tiède, entre les humeurs et convictions de chacun(e)s, il n'est pas sûr que rien ne nous éclaire dans ce morceau de parcours de vie décisif si ce n'est qu'au lieu de dessiner quelque auréole numérique au-dessus du visage de madone d'Ainara (Dieu merci !), le film nous montre en revanche une jeune femme sûre d'elle, prête à un sacrifice peu banal, dessiner comme une bulle de verre entre elle et les autres.


C'est la plus grande réussite de ces Dimanches que de nous faire ressentir cet enfermement volontaire dans une sorte de cage invisible contre laquelle ses proches viennent se heurter plus ou moins fort, tels des insectes affolés.

Le film suit ce programme tout tracé, - en attendant une vie plus programmatique encore - jusqu'à ce qu'enfin la cage de verre se brise et ne s'y substituent les murs du couvent et les grilles qui la sépareront pour de bon du reste du Monde.

Les dimanches n'éclaire pas grand chose de ce mystère, comme prévu, et se perd un peu dans des mini-crises d'arrière-plan un peu lourds, comme cette prise de bec entre la tante et son homme, ou ce psychodrame un brin fabriqué après le flirt d'Ainara avec le beau gosse de la chorale (couché ? pas couché ?).

Un os me reste coincé en travers la gorge tout de même, m'interrogeant de fait des intentions du film tout entier, lorsque l'oncle un brin débonnaire sort à Maite, la tante très en colère d'Ainara: "Elle croit en Dieu, tu crois au changement climatique, et alors?".


Et merde, nous y voilà: croire en Dieu, croire que la Terre est ronde, qu'Allah est grand, que l'Homme descend de l'amibe, que Jésus est en nous, croire que l'eau ça mouille et que les camps ont existé pendant qu'on y est, tout ça dans le même panier ?

Croire et savoir, pourquoi ne pas concilier les deux ?

 Voilà comment on me la gâche, ma séance du dimanche.

Restons chez les bigots, en mode un peu plus cintré.


Hasard du calendrier et vraie tristesse de voir s'en aller le grand Robert Duvall, celui qui fut avec Harvey Keitel le "king" de ce que les anglo-saxons nomment l'underplay (en montrer le maximum en faisant croire qu'on en fait un minimum) et joie de constater que son film Le prédicateur trainait dans ma dévédéthèque.


J'avais vu le film en salle à sa sortie en 1997 et j'en gardais un sentiment de malaise assez marqué. En le revoyant j'ai compris pourquoi: ce n'est pas le "Apostle-circus" à l'américaine qui m'avait écoeuré mais plutôt le personnage du prêcheur E.F., campé par un Duvall absolument prodigieux.

Vindicatif et ne doutant de rien, mari abusif, volage , violent et pour finir meurtrier, le personnage fuit la petite ville où il a été dépossédé de son église pour tout recommencer à zéro dans une petite communauté défavorisée du côté de Baton Rouge, en Louisiane.

Après nous avoir dépeint ce connard assez particulier, Duvall nous montre l'énergie d'un type hors du commun, véritable moteur à réaction que sa foi presque animale fait littéralement virevolter. De ce type chassé de chez lui à cause de ses coups de vice nous revient ce E.F. irrésistible, charmeur autant que hâbleur qui saurait convertir à Jésus un champ de radis tout entier, n'oublie pas de faire le joli coeur auprès de la jolie mère de famille délaissée du coin (seul moment où affleure le E.F. d'avant, à deux doigts d'aller trop loin), et qui porte à chacun et chacune une véritable attention.

Ambivalence d'un type qui aspire à devenir un Saint, ne peut s'empêcher de courir le jupon comme de prêcher à tout va et à toute occasion. E.F. est une machine de guerre sainte qui ne s'arrête jamais, une force aussi irrépressible que le courant du Mississipi. Il force l'admiration comme il inspire le dégoût, voire la crainte, car il n'accepte pas qu'on lui résiste.


A mille lieux pourtant de cet autre prêcheur de littérature, plus escroc que croyant inventé par Sinclair Lewis dans son Elmer Gantry et incarné par Burt Lancaster dans le film de Richard Brooks, E.F. incarne cette Amérique évangeliste, trumpiste avant l'heure (mais pas raciste), qui a toujours existé.

A noter la présence d'un tout jeune Billy Bob Thornton, déjà chauve mais encore un peu joufflu, de Farrah Fawcett et surtout de Walton Goggins, merveilleux en jeune homme un peu benêt mais attachant (ce qui me fait penser à cette phrase du grand Mark Twain: "La religion a été inventée le jour où le premier escroc a rencontré le premier imbécile').

Le doute n'est pas ennemi de la foi par contre, mes très chères soeurs, mes très chers frères, croyez-moi lorsque je vous dis que je doute toujours, et même un peu beaucoup beaucoup.



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