mercredi 4 mars 2026

AUCUN AUTRE CHOIX, faire le vide.

 


J'adore le cinéma de Park Chan Wook depuis toujours, même si je comprends fort bien que bon nombre de cinéphiles de confiance, - et j'en connais pas mal - ne supportent pas son sens de l'afféterie alambiquée tout comme son goût immodéré pour l'image qui claque dur. Mais enfin, aucun de ses films ne laisse indifférent et ça, c'est déjà beaucoup.

Aucun autre choix est sans doute  son film que j'aime le moins avec son Stoker américain où il avait du être bridé dans ses impulsions sauvages par quelque producteur frileux, et cela tient sans doute au fait que, seconde adaptation du Couperet de Donald Westlake après celle de Costa-Gavras, on connaissait déjà la chanson.

C'est donc l'histoire d'un cadre supérieur viré "en 25 minutes après 25 ans de boîte" qui se retrouve du jour au lendemain dans la mouise. Dans le viseur: les traites de sa belle maison de campagne, les cours de tennis de sa femme, de violoncelle de sa fille, l'abonnement Netflix de son fils, sa passion pour l'horticulture, la deuxième bagnole, la bouffe pour les chiens. Ecoeuré rien qu'à la perspective de ce brusque déclassement social immérité et honteux, Man-su va avoir l'idée de débusquer les 2 ou 3 types susceptibles de lui damer le pion lors des entretiens d'embauche à venir. Et de les buter.

Il ne faut pas oublier que le bouquin de Westlake était très drôle, pour qui apprécie bien entendu l'humour qui pique un peu. Son roman arrivait à un moment, celui de l'"horreur économique" soudain plus apparente qu'avant, où on stigmatisait enfin le monde merveilleux du travail au temps du libéralisme triomphant, un monde où un employé était avant tout une ligne comptable comme une autre, au même titre que les budgets rames de papier et trombones.


Park Chan Wook a de l'humour aussi, mais un humour... coréen dirons-nous qui ne fait pas dans la dentelle. C'est même parfois assez lourd. Il faut voir comment il décrit le couple formé par sa première victime, un alcoolique désagréable et sa femme, une actrice un peu allumée qui le trompe, pour comprendre que quelque chose ne prend pas dans la petite mécanique parkchanwookienne qui pourtant nous branche tellement d'habitude. Une virtuosité formelle qui tout à coup tourne à vide, pour donner un genre de slapstick pas fameux.

On sait la société sud-coréenne particulièrement violente dans ses rapports de classe, et sans doute que Park a voulu faire ici ce que son comparse Bong Joon Ho avait si bien réussi dans Parasite: une allégorie puissante mais tordue de la violence sociale dans son pays.


Aucun autre choix
se regarde avec plaisir, c'est plein d'inventions et de trouvailles et il n'y a pas deux filmeurs comme Park au monde. Même si l'on sait depuis longtemps que sa brillance de style et ses tours de passe-passe ne sont que poudre aux yeux, c'est la première fois sans doute que tout ce faste ne laisse aucune trace derrière lui.


Le vide est peut-être la grande histoire du film. Man-su fait le vide dans la concurrence de peur qu'on ne le vide de chez lui et qu'on vide sa belle maison, avant de se rendre compte, -ultime image et sans doute la meilleure du film, qui trouve là enfin son point G, in extremis - que la société où il a été enfin embauché avait bien travaillé elle aussi: plus d'ouvriers, juste des robots, de l'intelligence artificielle et lui en maître d'oeuvre solitaire, au milieu des machines.

Un seul job vous manque, et tout est dépeuplé.


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