Dans les années 80, le cinéma britannique nous abreuvait de films très lumpenprolérariat à gros accent rocailleux, qui allaient du plus teigneux (Alan Clarke) aux plus dépressifs (les premiers Mike Leigh), des plus aigrefins (les premiers Stephen Frears) jusqu'aux mètres-étalon du genre, les brûlots poing gauche brandi du très politique Ken Loach, le daron du genre.
Avant que ces petits rigolos de Guy Ritchie et Danny Boyle nous en en fassent des caisses avec leurs grosses entourloupes à base de bastons, de gueules de bois à la pompe de stout et de musique de boîte de nuit, les Britanniques étaient tout de même les plus à même de nous parler d'injustice sociale, de déterminisme de classe avec tout ce que cela entraine de misère, de misère et de misère.
Aujourd'hui il n'y a plus que la scottish Andrea Arnold pour nous parler des classes populaires dans son pays, encore qu'elle ait sérieusement commencé à mâtiner son réalisme social de réalisme fantastique, pour le plus grand bien d'un "genre" qu'elle est la seule à faire vivre avec un nouveau souffle.
Et d'ailleurs, Martin Parr qui a si souvent et si bien photographié cette Grande-Bretagne-là est mort il n'y a pas longtemps.
Christy and his brother est comme une piqûre de rappel. Nous sommes en Irlande cette fois (n'allez pas confondre un Anglais avec un Irlandais, malheureux !) et Christy, 17 ans, placé en famille d'accueil depuis ses 5 ans a fait une nouvelle connerie. Plus personne n'en veut et c'est son frère Shane, avec qui il n'a jamais vécu qui le récupère et accepte de le prendre "provisoirement" chez lui.
Shane est marié, a un boulot, un bébé, sa maison, il a envie que tout se passe bien mais observe d'un oeil méfiant ce frérot qu'il ne connait pas trop. A Cork, où les deux frères ont toujours vécu, tout le monde connait tout le monde, tout le monde est cousin avec tout le monde, tout le monde a bien connu leur mère, morte il y a longtemps.
Rien de bien nouveau sous le pâle soleil des îles britanniques, les Irlandais ont le coeur sur la main et n'ont pas leur pareil pour organiser des noubas où tout le monde finit par chanter des textes rigolos sur fond de rap lambda (la meilleure scène du film), les Irlandais ont un sens de l'humour qui décape, les petites frappes du comté de Cork sont les pires débiles dangereux du monde, et les Norries du comté ont beau tirer la gueule tout le temps, ils sont sympas comme tout quand on les connait bien.
Pour l'ambiance, Christy... peut faire penser au Tyrannosaure de Paddy Considine (avec un grand Peter Mullan), de mémoire le dernier film vu au cinéma qui parlait des prolos britanniques avec un tel souci de réalisme (en dehors de Loach, of course). Le dénouement du Considine était assez effroyable dans son genre, et Brendan Canty opte pour une sortie soft, généreuse, culcul-la-praline penseront certains mais enfin il est toujours permis de croire que tout ne va pas complètement mal non plus...
Il est tout aussi autorisé de penser que Brendan Canty n'a pas l'intention de révolutionner grand chose. Mais il a filmé les siens avec une affection qui appelle la sympathie. C'est déjà ça.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire