jeudi 5 novembre 2026

HOPE, nope, nope, nope.


 2h40 plus tard, les oreilles qui sifflent encore, le gilet pare-balle retiré et la comprenette mal assurée, je sors de voir HOPE un énorme point d'interrogation au-dessus de la tête, comme dans une bande-dessinée. Mais qu'ai-je vu, qu'a-t-on essayé de me raconter là, qu'est-ce-que c'est que cette fin de m..., ai-je vu la série Z ultime, gros budget et effets numériques à gogo, ou bien est-ce le genre de film plus intelligent que moi qui va me poursuivre encore un moment avec ses petits détails qui clochent ?

Le basique d'abord: un petit port de pêche à la frontière nord-coréenne est le théâtre d'un scénario de cauchemar: après la découverte d'un boeuf lacéré, puis d'un autre, puis d'un autre, puis d'un bras humain accroché dans les branches, c'est dans la ville elle-même que la furie se déchaîne. Invisible pendant longtemps, mugissements inhumains et véhicules volant par-dessus les toits, cadavres partout, refuge nulle part jusqu'à la découverte de l'innommable: la créature est impressionnante, impeccablement hideuse, d'une sauvagerie jamais vue.

Cela commence par une course-poursuite dans les rues de Hope (ra-ta-ta-ta-ta font les fusils mitrailleurs), se poursuit par une chasse à l'homme dans les sous-bois orchestrée par d'autres créatures vénères (re-ra-ta-ta-ta-ta-ta), cela s'achèvera sur une voie rapide à deux voies avec quelques survivants mitraillant leur increvable poursuivant (ra-ta-ta-ta-ta, donc). Dernier chapitre interminable d'ailleurs, mais où est donc la touche "avance rapide" ?


Na Hong-jin est un cinéaste nerveux, qui ne fait pas dans la dentelle. Qui a vu son presque insupportable THE CHASER (un film de serial-killer) savent qu'il pousse toujours le bouchon deux fois plus loin que les autres cinéastes de genre sud-coréens, qui vont déjà trop loin, en règle générale.

La première partie de HOPE est impressionnante, c'est un jeu vidéo sur grand écran qui n'en finit plus dans lequel chaque coin de rue n'est pas le lieu d'un nouvel affrontement, mais plutôt celui de la découverte d'un charnier différent. Entre les trois grandes séquences de pétarade cités, de légères plaines d'accalmie où nous faisons connaissance avec la psycho-sociologie locale, pas brillante à vrai dire. Le responsable de la police, très vite débordé mais qui y va, assurément pas le genre de flic le plus fûté de l'l'histoire du cinéma, fait assez vite figure de génie par rapport à ses congénères.


Première piste exploitable: ces "envahisseurs" ne seraient-ils pas les victimes de la connerie de la population locale majoritairement composée de chasseurs en trucks, d'alcooliques hébétés et de fils à papa incompétents ? 

Si HOPE exploite à fond son potentiel de destruction massive, il oublie en route quelques pistes savoureuses: le pépé affabulateur, passablement abruti, qui raconte à la police avoir croisé trois créatures dans la forêt alors que la reconstitution visuelle en flash-backs nous en montre quatre, identiques à la première créature qui a mis Hope à feu et à sang, alors que celles qui rodent encore dans les bois ne lui ressemblent pas du tout.


Si le cinéaste oublie de délirer avec ses récits (comment se raconte-t-on des histoires, comment les rumeurs arrivent ?) comme il le fait avec la violence spectaculaire tout au long de son film, c'est sans doute qu'il n'y a pas mis plus d'ambition que ça, s'arrêtant à celle-ci, assez restrictive: nous en mettre plein la figure.

Passons sur les dialogues et l'humour scatologique de bien des scènes, son mouvais goût assumé (bon sang, cette séquence d'autopsie sauvage sur palettes...) mais je ne pardonnerai sûrement pas ce dénouement de science-fiction spielbergienne au jus de navet qui nous offre, comble d'un cynisme mercantile que je n'avais pas vu venir, une promesse de HOPE 2, des dialogues ésotériques d'une stupidité complète ainsi qu' un ultime rebondissement incompréhensible et superfétatoire.

HOPE est véritablement un film monstrueux: une tête de champion montée sur un arrière-train de cagette.