jeudi 15 octobre 2026

MINOTAURE, la Russie vue d'en haut.


 Neuf ans que le cinéaste russe n'avait pas donné de ses nouvelles, cloué par un covid long alors qu'il se trouvait en Allemagne. Dans son malheur il y a eu quand même comme un bonheur léger de ne plus se trouver en Russie, lui qui ne cesse depuis ses premiers films de taper sur Poutine, ses oligarques et les hommes d'affaire sans scrupule qui se font du gras sur la déshérence de leur pays.

On ne nous l'a pas changé en cours de route puisqu'on y retrouve l'ambiance sombre de son film précédent, FAUTE D'AMOUR. De l'amour il en manque aussi entre Gleb et Galina, le couple en crise de MINOTAURE. Et pour cause, Galina qui en a marre de vivre à l'ombre de son mari, un riche homme d'affaire, s'est trouvé un amant avec qui elle vit une seconde jeunesse. Gleb devine tout, demande qu'on enquête sur elle et découvre où habite l'autre.

Drôle de truc, Zvyagintsev a repris la trame, -pas bien originale ni très compliquée -, de LA FEMME INFIDELE de Chabrol. Vous vous rappelez ? Stéphane Audran trompe Michel Bouquet avec Maurice Ronet, Bouquet sur un coup de sang tue l'amant, etc. Là où le Chabrol égratignait une fois encore les petites lâchetés et turpitudes de la bonne bourgeoisie de province, comme il a toujours aimé le faire, le réalisateur russe choisit, lui, de faire de cette mauvaise comédie de l'adultère une chambre d'échos à la déliquescence morale dans laquelle sombre Gleb dans sa vie professionnelle.


Car pour sauver son entreprise déjà fragilisée par le départ de nombre de ses employés qui ont fui le pays par peur de la conscription, Gleb a qui on a demandé de "donner" 14 de ses employés pour partir sur le front va se livrer à une magouille des plus ingénieuses et des plus horribles pour satisfaire l'Etat et garder toutes ses plumes. Pour sauver son couple, il va commettre le pire.

On comprend vite où Zvyagintsev veut en venir, et c'est bien là le problème. Le parallèle entre les deux drames a beau être téléphoné, la petite musique plombante à laquelle nous a habitué l'auteur de LEVIATHAN (tiens, encore une autre créature mythique qui en remettait une couche dans l'éloquence) a beau fonctionner en plein, le découpage des séquence et la rigueur des plans ont beau une nouvelle fois prouver à quel point on a affaire à un grand cinéaste, il y a quelque chose de très prévisible dans cette belle mécanique Zvyagintsevienne (hop la !).


MINOTAURE a reçu le Grand Prix à Cannes, nouvelle preuve après le sacre du FJORD de Mungiu que ce cinéma d'auteur éclos dans nos parages depuis une vingtaine d'années tient toujours la corde au rayon films d'auteur.

Il s'agirait maintenant de passer à autre chose car le film a beau être magistral dans sa forme, et assez subtil dans certains détails (combien faut-il en sacrifier pour sauver sa boîte ? combien en faut-il pour sauver son couple ? A partir d'où on peut encore se composer une certaine posture morale ?), jusqu'à ses dernières images qui composent une assez belle parabole de la Russie de Poutine vue d'en haut (point de vue des Russes privilégiés, donc), il manque à ce très solide MINOTAURE cet effet de surprise, voire de sidération, que pouvaient provoquer ses meilleurs films précédents.


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