lundi 11 mai 2026

VIVALDI ET MOI


 Damiano Michieletto, cet illustre inconnu, est loin d'être un débutant. En fouillant dans sa fiche imdb, on se rend compte que ce cinéaste est assurément un passionné de grande musique puisqu'il a déjà filmé moults opéras. Ici, il adapte le best-seller de Tiziano Scarpa, STABAT MATER, qui relate la relation passionnée entre Vivaldi et une jeune violoniste.

VIVALDI ET MOI, PRIMAVERA en italien, vaut d'abord pour les trésors de renseignements qu'il donne sur le compositeur et son époque. Aussi le non-abonné à Diapason apprendra comme moi que Don Antonio était prêtre, qu'il enseigna, composa et fit jouer ses oeuvres dans un orphelinat de jeunes filles à Venise où l'on apprenait à ces demoiselles à tenir leurs instruments plutôt que les travaux d'aiguilles, qu'il vécut et mourut dans la misère et que ses oeuvres ne furent redécouvertes que deux siècles après sa mort.

Voilà pour la fiche wikipédia, et niveau cinéma, qu'est-ce-que ça donne ? La grande musique et le Septième Art ont toujours fait bon ménage (Bergman, Losey, Forman et bien d'autres l'ont assez prouvé), aussi on reconnaitra que Michieletto a chouchouté son matériel: sa chef-opératrice Daria D'Antonio fait ici un travail extraordinaire sur les couleurs et les éclairages, et les tenues d'orchestre des musiciennes font comme un léger clin d'oeil aux esclaves dystopiques de LA SERVANTE ECARLATE.


Le sous-texte féministe est ici une évidence: l'héroïne du film est une violoniste que Vivaldi remarque dès la première répétition et qui va devenir d'emblée sa soliste favorite. Dénuée de tout orgueil contrairement à son pygmalion qui compose à la vitesse de l'éclair et cherche en permanence l'appui des grands d'Europe, cette virtuose est aussi une orpheline en quête d'amour qui va se voir enfin reconnue pour ce qu'elle est par le "maître": une musicienne à la sensibilité à fleur de peau qui va vouloir s'émanciper non pas par la promesse d'un mariage nobiliaire, mais par la liberté qui s'ouvre à elle de toute une vie de musique.


Si le film évite ainsi les poncifs sur une romance plus poussée entre elle et Vivaldi, c'est que le compositeur, d'abord tenu par les rigueurs de la robe, est ici décrit comme un obsédé de son art. Dans le rôle, Michele Riondino qui - cela m'a fait drôle tout du long - ressemble beaucoup à Don Johnson, compose un personnage étrange, aussi lâche dans ses rapports à l'autorité qu'aventureux dans sa musique.

Le film lui, ne l'est pas vraiment, aventureux. Les ors de Venise, la beauté des images sans parler de la musique, font tout le travail. VIVALDI ET MOI est bardé de poncifs qui, il faut l'admettre, ne portent pas trop préjudice à l'ensemble tant le spectacle est beau. Quand Vivaldi débarque à la place d'un vieux schnock barbant, c'est un peu Mozart qui arrive pour bouter Salieri hors de l'histoire de la musique. Quand Cecilia s'amuse à des trilles fantaisistes, on cadre sur le compositeur qui s'imagine alors un passage des plus célèbres des QUATRE SAISONS, - ce qui m'a fait penser à une bonne blague sur la bonne de Beethoven* -, et le cinéaste en fait des tonnes pour montrer les puissants comme de tristes clowns (il mangent la bouche ouverte, se livrent à des jeux ridicules, possèdent des sensibilités artistiques de pétoncle et des manières de butors), ce qu'on savait déjà.

Bref, on aura tout de même eu de la beauté à se mettre dans les yeux et les oreilles, ce qui n'est déjà pas si mal.



*C'est donc l'histoire de de bon Ludwig van qui croise sa servante dans les escaliers et lui dit: "Savez-vous que vous êtes l'une de mes principales sources d'inspiration ?". Ce à quoi Ernestine, un brin débonnaire et balayant l'hommage d'un revers de la main répond: "Tatataaaa" (le faire en chantant les premières notes de la 5°)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire