jeudi 7 mai 2026

SORDA, dire ou signer, ne pas choisir.

 


C'est la deuxième fois qu'Eva Libertad filme sa propre soeur, Miriam Garlo. La première fois, c'était dans un court-métrage intitulé pareil et qui racontait les appréhensions d'un couple, elle sourde, lui entendant, à la veille de se décider d'avoir un enfant.

SORDA en est donc la version étirée: Angela et Victor vont être parents, et c'est leur parcours qui nous est montré ici, jusqu'aux deux ans de la petite. Il est rare qu'un film nous immerge dans l'intimité d'un couple comme celui-là et si SORDA réussit bien quelque chose, c'est de nous faire comprendre qu'on a beau être entouré d'affection et d'amour, être mère dans un monde d'entendants n'a rien d'une sinécure.

Avec d'abord cette appréhension: l'enfant sera-t-il sourd ou pas ? Du 50/50 leur répond-t-on et on devine qu'Angela espère, bien malgré elle et au fond de son coeur, que la petite le soit afin de ne pas se retrouver toute seule dans sa bulle. Et c'est bien ce qui arrive lorsqu'il est acté que la petite Ona entend bien, et qu'on assiste à la perte de morale et de volonté d'Angela, déprimée, qui se sent rejetée et isolée.

C'est ce que le film réussit le mieux, quitte à nous "débrancher" les ouïes dans le dernier quart d'heure afin de mieux nous faire ressentir sa détresse et son plus complet isolement: un silence bourdonnant en toile de fond ponctué de vagues échos molletonnés. Un peu auparavant, Eva Libertad nous aura mis dans les oreilles le vacarme insupportable et strident d'une salle de crèche le jour où Angela se décide de mettre ses appareils, qu'elle refuse de porter d'habitude. Et on comprend pourquoi.


Autrement dit, la cinéaste ne s'embarrasse pas vraiment de procédés originaux pour nous mettre dans la peau de cette mère courage d'un genre particulier. Si ce n'est pas du grand cinéma, c'est tout de même un film profondément émouvant avec quelques scènes très réussies, notamment celle de l'accouchement avec Angela qui, de rage, arrache le masque de la gynéco qui lui donne des ordres qu'elle ne peut pas "lire".

Dans une autre séquence, elle s'agace des remarques que se font entre eux des fêtards dans une boîte de nuit qui observent cette drôle de bande de danseurs sourds aux chorégraphies de gestes déroutantes. C'est alors son regard noir et obstiné qui nous enchante, surtout lorsqu'elle signe un "Qu'est-ce-que vous regardez ?" qu'ils ne seront pas à même de comprendre. Les confusions entre langage parlé et langage des signes sont souvent belles. Quand Victor signale, tout heureux, qu'Ona vient de dire "de l'eau", Angela espère qu'elle l'a signé, mais non


L'actrice Miriam Garlo, qui est non entendante et dont c'est un peu l'histoire, est magnifique et le film lui doit absolument tout. SORDA a fait une razzia lors de la dernière édition des Goya, preuve que les grands sujets et les grands sentiments, là-bas comme chez nous, rencontrent toujours leur public.

Mais c'est quand même mieux que LA FAMILLE BELIER.

Beau film.



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