mardi 7 avril 2026

LA DANSE DES RENARDS, force de petite frappe.

 


Premier film, premiers émois, premiers grands combats et premières révolutions intérieures, La danse des renards relate les premiers pas de côté d'un jeune homme inscrit en UFR-STAPS section boxe anglaise, et promis à un bel avenir. Meilleur athlète de son groupe de copains turbulents, Camille (Samuel Kircher, le petit prince qui en pinçait pour Léa Drucker dans le dernier Breillat) a tout pour devenir un très bon. Lui qui ne possède aucune référence dans son sport, - il ne regarde jamais de match à la télé, n'a aucune idole dans la discipline -, il sait pourtant très bien ce qu'il fait sur un ring , ce qui fait sa force et, pour les autres, son style: non seulement il sait encaisser mais sait surtout patienter afin de se positionner pour frapper. Et son punch est d'enfer.

Le film peut se voir comme une sorte de bildungsroman pour teen-ager d'aujourd'hui: il y est question d'amitiés fortes puis défaites, d'ébauche d'un premier amour, du regard et des attentes des adultes qui tranchent parfois de manière injuste, d'une forêt qui jouxte les salles d'entrainement.

Un jour, Camille manque se tuer en glissant dans le vide et, dix mètres plus bas, se retrouve juste avec un bras bien amoché. La trouille de sa vie. Rien de grave mais dans la tête du champion quelque chose grésille: douleur imaginaire, haut-le-coeur au moment d'en finir sur le ring, embrouilles avec les potes qui le voient faiblir sans pourtant laisser sa place de leader dans le coeur du coach (excellent Jean-Baptiste Durand, le réal de Chien de la casse) jusqu'à provoquer une sorte de foire d'empoigne dans le gymnase.


A ce moment-là, le film de Valery Carnoy attise la curiosité et fait penser à ce qui arrive à Jeff Bridges dans le meilleur film de Peter Weir, Fearless (Etat second), où notre héros perdait toutes ses appréhensions, - jusqu'à ses allergies ! -, après avoir survécu à un crash aérien. Ici c'est l'inverse qui se passe, Camille semble déséquilibrer tout le groupe en perdant sa place de champion, et en doutant de tout.

Dès lors, sur quoi s'appuyer pour rendre au groupe son point d' équilibre ? Cela passera par l'élimination de quelques pièces, par quelques sacrifices injustes aussi.

Si Valery Carnoy manque de peu sa parabole en forme de conte avec cette forêt peuplée de renards où un jeune homme rencontre une jeune fille qui joue de la trompette loin du fracas et des odeurs des sacs de frappe et des tatamis (elle pratique le taekwondo), il réussit fort bien par contre à faire dévier sa fable de la déconstruction d'un petit macho en herbe vers autre chose. Plus que cette scène significative où la jeune fille pète le nez d'un coquelet boxeur très gonflant d'un fier coup de boulle (elle n'a vraiment pas besoin qu'on lui vienne en aide), c'est ce moment où Camille remporte son match, revigoré par la présence de son meilleur ami (super Fayçal Anaflous, une révélation) qui fait plaisir à voir.


C'est au fond la morale de ce petit film plutôt gaillard: dans le milieu de la compétition où la concurrence est reine, les grandes et petites trahisons de mise et les faiblesses jamais permises, on devient un homme en restant fidèle.

 A son style, à ses amis.